PETITE LISSE, GROSSE TOUFFUE?

Lorsqu’on rejoint Myriam Jacob-Allard chez elle pour parler moustache, on doit faire vite. C’est qu’elle ne veut pas arriver en retard à son cours de danse en ligne hebdomadaire.

Myriam n’est pas maniaque de la poule aux œufs d’or, ne s’époumone pas sur du Michel Louvain et, en gros, n’a pas 68 ans. Elle en a 29, est détentrice d’un bac en arts visuels et trippe sur le country, la danse en ligne et la moustache. Tant qu’elle en a fait un sujet d’étude de performances artistiques. Avec des vernissages pis tout le kit. «Le monde à Concordia me trouvait beeen cool de faire ça parce qu’ils considéraient mes sujets avec ironie. Mais l’ironie, ce n’est pas quelque chose que je trouve valable du tout.»

Au cours de ses études, elle a monté une expo dans un sous-sol d’église intitulée Country en trois temps, où elle jouait avec les symboles du genre québécois ainsi que ses icônes. La moustache, la frange, la guitare étaient donc à l’honneur, ainsi que les Willie Lamothe, Marcel Martel et Marie King de chez-nous.

Puis, aux ateliers Jean-Brillant, à la lisière de Saint-Henri, elle a installé sa résidence moustachue. Là, après avoir mis des petites annonces sur Kijiji et Craigslist, en plus de rallier ses proches à la cause, elle a tondu, coupé, trimmé, modelé et aposé des poils sur des dizaines de lèvres supérieures, féminines comme masculines.

Mais pourquoi cette fascination avec la mouss’? «Chaque chanteur country des années 40 à 70 a ses propres accessoires, ses propres symboles. Dans le temps, tu voyais simplement la moustache de Willie Lamothe et tu le reconnaissais tout de suite.»

«Je voulais aller au-delà du symbole de masculinité et voir le côté intime du port de moustache, le rapport que l’homme entretient avec… Il y a beaucoup de travail et d’entretien là-dedans! On oublie que la moustache se fait dans l’intimité. Puis, on la porte publiquement, on l’expose. Dans certains pays, des types de moustaches sont rattachés à des partis politiques…»

Nomag est passé sur la chaise de tonte et d’applique, après avoir choisi le modèle désiré. Car chaque style était décortiqué sur papier, sous des critères de look et de personnalité: élégant ou rustre, intello ou enjoué, cowboy ou gentleman. Disons qu’en effet, on ne se doutait pas que la chose serait aussi intime. Il y avait même là un rapport de confiance et de vulnérabilité assez intense, avec notre tondeuse-apposeuse d’abord, avec notre nouvelle apparence ensuite.

Puis, on est allés au marché Atwater, question de tester nos nouveaux atours. Mon chum a épaté la galerie avec son rutilant fu man chu, dont la description recueillie par Myriam allait ainsi: «De type frileux, il se distingue par sa nature sensible, aimable, gaie et affable. De nature émotive, tendre et serviable, il aspire à la paix et à l’harmonie dans ses relations sentimentales». Dire que le handlebar est l’apanage des pénitentiaires, à Hollywood…

Inversement, ma moustache de fille retroussée a provoqué les interrogations et, parfois, des exclamations assez rudimentaires. «Heille le gros, approche-toé pas trop de t’ça, tu vas virer gay!». Bien oui, monsieur le boucher. Si tu te promènes avec une fille à moustache, c’est clair que c’est ça qui t’attend.

Ah, et en passant, novembre c’est le mois de la moustache. Happy Movember!

Vous pouvez consulter le site de Myriam ici.

par Evelyne Côté / un gros merci à Simon Plouffe pour le chouette vidéo