Comédienne et voyageuse, Magalie Lépine-Blondeau raconte ses expériences curieuses dans une Asie déstabilisante, enivrante, comique. Du courrier lancé pour les amis, qui devait finir illustré, et publié. (Feuilletez et regardez ses autres récits ici et ici, si vous en voulez plus…) Dans cette chronique, Magalie accompagne de nouveaux amis dans le village cambodgien d’un jeune chauffeur de tuk-tuk.
Mes amis… je ne sais pas si je saurai… les mots… me manquent…
Je… mon cœur… ouf…
Je vais y aller d’une énumération…
Peut-être saurez-vous lire entre les lignes.
Les journées sont denses.
Les rencontres le sont tout autant.
Ça commence avec Ross.
À lui s’ajoutent Kyle et Aaron.
Ils sont British. Ils sont ingenieurs. Ils sont en voyage pour 2 ans, et pour renflouer les coffres, à l’occasion, ils retournent sur Bangkok, s’entraînent comme des malades et font de la boxe thaï au niveau professionnel. Voilà, en gros, «mes british boys».
Je les ai rencontrés au café depuis lequel je vous écrivais dans mon carnet.
On a bu quelques bières, on a mangé, ils se sont douchés dans ma salle de bain – beaucoup plus propre que la leur (lourdement communautaire) et ensemble, on a vécu une des plus belles expériences de notre vie.
Mes british boys se sont liés d’amitié avec Ping-ping, un jeune-cambodgien-chauffeur-de-tuk-tuk. Ping-ping vient d’un minuscule village (dont je n’ai jamais su le nom) près de la frontière vietnamienne. Et il nous y a invités.
5 heures de route. À 16 dans un bus prévu pour 11 (merci petits bassins cambodgiens), avec les sacs à dos immenses et les innombrables cadeaux que nous avions achetés pour les enfants du village, plus tôt, au marché. 1000 degrés Celsius et 5 heures de route sur des chemins sablonneux.
Et… comment vous dire… il n’y aurait rien eu au bout de cette route que cela en eut tout de même valu la peine. Pour la teneur de nos discussions. Pour le mini-bus qui s’arrête dans un marché de province, en attente du traversier, assailli par des enfants groupés autour de nous par dizaines, piochant dans nos vitres pour nous vendre baguettes, sodas, brochettes et fruits pimentés. Pour le spectacle permanent du pays qui défile sur fond Technicolor – moto-charrettes chargées de 30 personnes, échappée riante de jeunes écolières, défilé de bonzes sous leurs ombrelles jaunes.
Juste ça, déjà…
Mais…
À notre arrivée chez l’oncle de Ping-ping, environ 50 personnes, soit tout le village, nous attendaient. Sagement assis, entassés qu’ils étaient sous la modeste mais belle maison juchée sur de hautes poutres au milieu des rizières desséchées.
On a retiré nos chaussures; on s’est assis, nous aussi. (Ross sur un petit nid de fourmis rouges, ce qui a fait rire tout le monde, sauf lui… ça fait mal, les fourmis rouges.)
Le vieil oncle a pris la parole.
Ping-ping a servi de traducteur.
— Merci d’être venus. 40 ans qu’un étranger n’avait mis les pieds dans notre village. Soyez les bienvenus.
On a fait la distribution de ballons, de crayons, de cahiers. Les enfants sont venus les chercher un a un, joignant respectueusement les mains devant le visage. Puis, les garçons ont joué au foot jusqu’à la tombée de la nuit, devant les filles aux rires syncopés.
Apres la «douche» (l’usage des guillemets est de mise), les femmes nous ont distribué des sarongs, rituel de bienvenue.
Et tous les hommes du village se sont invités au souper (qui fut divin, pour ceux qui en douteraient).
La nuit tombe, le gecko chante. Selon certaines superstitions bouddhistes, lorsque les sons qu’il émet forment un nombre pair, le gecko porte chance. Lorsque le gecko est chanceux, il faut caler sa bière. Dans la campagne khmer, les geckos sont nombreux. Et ce soir la, malchance; ils étaient tous chanceux. Jamais bu autant de bières de toute ma vie.
Les… rires… leur… générosité… cet.. accueil… cette… chaleur humaine… je…
Tous sont repartis en titubant.
Inutile de vous dire combien, apres 2h30 de sommeil léger sur un plancher en terre battue, le réveil, précipité par les hurlements des cochons, des coqs, des insectes, des oiseaux, des mômes, fut ardu.
Et la journée, pourtant… magique…
Déambuler dans les rizières, jouer avec les tits-culs, préparer le thé avec les vieilles, pêcher, regarder un buffle jeter son devolu sur Aaron et tout ce que les mots ne disent pas.
Pâle résumé, vraiment.
Puis, mes british boys et moi avons pris bus sur bus. Entrecoupés de amok, de riz et de péripéties. 10 heures de route vers la mer, vers notre chambre a 2$ la nuit, le soleil, les échanges, les concerts, le cinéma (une salle de 2 personnes ou on vous met un DVD pirate et l’on vous sert des clopes et de la bière à volonté), le karaoké, l’amitié, les yeux mouillés, puis les adieux.
Ils ont pris la route du Vietnam. J’ai pris celle de Kep, d’où je vous écris, dans mon petit bungalow perché dans la montagne, avec vue sur la mer.
Au loin, on distingue la côte vietnamienne.
Et avec un peu d’effort: 3 petites silhouettes de british boys.
«Cheers mate!»
par Magalie Lépine-Blondeau / dessins par Virginie Beauregard-D.







