BUFFET CHAUD

Ce mercredi débute la cinquième édition de M pour Montréal. Le slogan: Bringing Montreal to international stages, depuis 2006.

Si la proposition peut sembler téméraire, elle s’est fondée: l’édition précédente de M avait poussé La Patère rose à joindre la pop star Mika en tournée européenne, alors que la polaire Élisapie ainsi que la bassiste-mélodiste Marie-Pierre Arthur se sont envolées vers Paris suite à une opération charme réussie. Sans oublier Duchess Says qui a ouvert pour les Yeah Yeah Yeahs à Londres après avoir participé au Primavera Sound de Barcelone (mais ça, pas certain que ce soit né d’une entente commerciale en bonne et due forme durant M… nos Duchesses ont le don de lévitation et de télékinésie, après tout).

Bref, à M, les fils se touchent et les contacts se prennent. Si le pic de guitare se porte bien haut, le BlackBerry aussi. La procession de délégués, qui grossit chaque année et nous vient d’aussi loin que la Nouvelle-Zélande, la Chine et le Royaume-Uni, vient de plus en plus nombreuse tendre l’oreille sur ce qui se trame en terre montréalaise.

Certains s’en souviendront, les premières éditions de M étaient présentées sous forme de concours. Depuis, à cette saine compétition s’est substitué la formule «showcase en bonne compagnie». Sont ainsi rassemblés des bands tous profondément actuels, qu’on a soit récemment vus et aimés, ou qu’on a hâte de voir. Tour de piste.

MERCREDI 17 NOVEMBRE

Démarrage en trombe, et dans deux directions opposées. Les fans de KISS seront ravis de savoir que Gene Simmons viendra jouer du iPod contre l’über branchée boîte de pub Sid Lee. Paraît même qu’il restera en ville un p’tit bout. Nous, on a de p’tites réserves: si le cadre de la rencontre (intitulée «One Man – One Brand», sur les enjeux du branding) est très opportun pour recevoir celui qui a créé l’une des images les plus percutantes du monde pop, qu’on se le dise: le mec vient aussi avec un ego monumental. Et puis l’obscur band glam brésilien Secos e Molhados avait toujours bien deux ans d’avance sur KISS…

Si on aime nos rencontres moins unilatérales, c’est en soirée qu’on sera servi. Les présentateurs des festivals The Great Escape et Iceland Airwaves nous proposent à tour de rôle Retro Stefson, Braids (photo), Lay Low et We Are Wolves, dès 22h au Café Campus. On connaît déjà WAW par cœur et on ne s’en tanne pas (d’ailleurs ils ont été couronnés du prix Galaxie à M en 2007), alors qu’on a très hâte de voir les confidentiels Braids pour la toute première fois.

JEUDI 18 NOVEMBRE

Avis aux collègues journalistes qui nous lisent: Nomag présente un déjeuner-causerie sur l’état des lieux médiatiques en matinée, intitulé «Meet the Locals». Engagez-vous, qu’ils disaient! Puis, le soir venu, c’est la ronde des showcases 90% locaux qui débute.

On dit quatre-vingt-dix, car parmi les chouchous world-pop Elephant Stone, le pas mal moins chou world-pop Calliari (mais bon, il est sympathique et sait occuper une scène), le crooner doux-amer Jason Bajada, les tordus Black Feelings et les encore plus torves AIDS Wolf, on retrouve un petit bijou du sud de l’Ontario. PS I Love You, sous des paroles naïves et illuminées, recèle des guitares dignes du vrai rock indé des années 1990, et des mélodies à croquer. Ça commence à 20h30 en alternance au Studio et au Cabaret (l’une de vos dernières chances de profiter de ces lieux de diffusion prisés, qui malheureusement fermeront leur portes d’ici quelques semaines) et ça se poursuit après minuit, avec le rentre-dedans un brin machiste de Dance Laury Dance. Rawr.

VENDREDI 19 NOVEMBRE

Second round de showcases au Studio/Cabaret; mais avant ça, le chic cocktail M pour Martini loge à la Chapelle Bon-Pasteur, qui se prêtera à la dominante folk noble de Courtney Wing (le plus orchestral), d’Ensemble (le plus expérimental), des Ladies of the Canyon (les plus harmonieuses, mais aussi rigolotes), et Leif Vollebekk (le plus aérien). Ça commence à 16h15 pour se terminer vers 18h.

À 20h30 toujours, c’est l’aguerrie Molly Rankin qu’on verra en début de course. Molly a défrayé les manchettes après s’être battue dans un bar d’Halifax il y a à peu près un an, et son Myspace dit encore: «I hope she sings better than she serves». Ha! Pour ça, on la trouve pas barrée et déjà sympa. Les gars de Chinatown l’accompagneront sur scène mesdames. Suivront les élégants Barr Brothers, le rock-garroche de Metz, le superbe recueillement shoegaze de Valleys, l’électro-rock seventies de Suuns, ex Zeroes, et le hip-folk patenté de Random Recipe dont la réputation n’est plus à faire.

En fin de soirée? L’ineffable bête de party qu’est Empire Isis, bouteille de vodka en main et rhymes en poche, assure à partir de minuit. Qui a dit que Toronto ne savait pas faire la fête?

SAMEDI 20 NOVEMBRE

Pour cette dernière journée de cavalcade dans la musique d’ici, on démarre sous le signe de la langue française. On n’est pas en reste de nos amis anglos, avec la poésie claire-obscure de Yann Perreau, le crooning pop d’Alex Nevsky, l’acoustico-électrique planant de Monogrenade et, le clou de la soirée, le néo-grunge emballant de Jesuslesfilles (photo).

Tout ce beau monde est entremêlé d’autres éminents francophones provenant de l’extérieur du Québec. Notre Franco-Ontario atteint de trouble de la personnalité préféré, on a nommé Damien Robitaille, ainsi que Les Surveillantes de St-Boniface et leur compatriote manitobaine Geneviève Toupin, représentent.

Puis, en soirée, on se lâche lousse à M pour Métropolis dès 20h: parmi La Patère rose, Pascale Picard, The Dears, Priestess, Misteur Valaire et Poirier, on a surtout hâte de renouer avec les Dears après leur superbe trio de date à Pop Montréal, ainsi que le rock psych-stoner de Priestess. Ça, sans oublier le set de Ghis dont les planches seront préalablement chauffées par l’hybride jazzé de Misteur Valaire.

On se voit là.

Tous les liens Myspace des groupes précités se trouvent sur le site de M pour Montréal, dans la section programmation. Passe à 60$, billets variant entre 15$ et 30$ par événement.

par Evelyne Côté / photo de Duchess Says à M par Sophie Samson, prise sur le site des Inrocks (salut Thomas Burgel!)