Grande vitrine pour les artistes d’ici, l’événement M pour Métropolis est à la fois le plus grand événement de M pour Montréal, et le plus difficile. Une ambiance nébuleuse où tant de gens stressent à vouloir plaire à tant d’autres, dans une salle peu intime où se succèdent précipitamment des artistes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Un mal nécessaire, dira-t-on, ce centre d’achat de la musique où certains étalages sont plus glorieux que d’autres.
Deux années de suite, la même étrange première sensation. Détachement, froideur, le sentiment qu’un voile de volontés inachevées et de tentatives de connexion échues séparait impitoyablement le public des artistes. Serait-ce dû au fait que la veille au Cabaret, toute la magie ait toute été absorbée et qu’il n’en reste plus pour le Métropolis, ou y a-t-il des raisons que la raison connaît?
M pour Métropolis est probablement un des plus grands showcases en ce moment à Montréal, c’est-à-dire qu’une des principales fonctions de l’événement est de présenter les groupes à une trôlée de délégués internationaux – producteurs, agents, diffuseurs – qui se «magasinent» des artistes pour les projets dans lesquels ils sont impliqués. Malgré la grande utilité de la chose, un certain inconfort est du coup de mise. Les artistes y sont davantage présentés comme des produits, et samedi l’angoisse qu’on apprécie ou pas les groupes était palpable. Sébastien Nasra, fondateur de M pour Montréal et co-animateur de la soirée, s’adressait en grande partie à des gens d’affaire, remerciant ses commanditaires et étalant sa fierté d’avoir organisé une si belle soirée. Cela laissait malheureusement peu de place aux artistes pour s’approprier réellement celle-ci et y mettre son propre brin de magie. Le terme de vitrine n’aura jamais eu autant de sens: c’est ce qu’on sentait entre le public et l’artiste – un mur transparent, mais étanche.
D’autant plus que le Métropolis est une grande salle à l’architecture plutôt étrange, qui demande aux artistes de se préparer convenablement sur place pour réussir à obtenir du bon son. J’ai vu des artistes de plus haut talent se planter en matière de qualité sonore, tant l’acoustique y est difficile à apprivoiser. Il va sans dire que tous mes respects vont à La Patère Rose, qui a dû passer outre un son des plus cacophoniques et une ambiance des moins installées. Atmosphère qui n’a su se faire sentir légèrement qu’à la fin du set de Priestess et s’est vaguement concrétisée durant The Dears.
Loin de moi l’idée de diminuer tous les bienfaits qu’une soirée comme ça peut apporter aux artistes d’ici, d’autant plus que les délégués, la plupart installés au balcon ou près du bar, semblaient bien s’amuser. Je n’explique ici qu’une sensation viscérale, qui sera sans doute partagée par plusieurs artistes. Les concerts à visée commerciale ont souvent quelque chose de pénible dans leur formule, et ce n’est certainement pas un grand rêve artistique pour Priestess de partager la scène avec Pascale Picard et Ghislain Poirier. Mais c’est un mal nécessaire.
Difficile, d’ailleurs, de commenter la soirée autrement que par le sentiment, d’autant plus que le lendemain (de brosse) d’une si belle soirée M au Cabaret monte la barre à un niveau plutôt élevé, et tout ce qui se situe en bas du sublime sera considéré comme un échec. Quelques bières thérapeutiques plus tard, je me suis souvenu de la phrase préférée d’un de mes amis («Quand la barre est haute, passe en-dessous!»), et j’ai dû reconnaître que l’électro de Misteur Valaire et de Poirier était plus invincible aux affres d’une sonorisation précipitée, et que plusieurs mains s’agitaient et des bassins se trémoussaient au ragga et aux beats pesants d’une fin de semaine qui se sera avérée des plus rebondissantes.
par Félix Dyotte / photos par LP Maurice










