LA CERISAIE

J’ai pensé à Seinfeld à plusieurs reprises lors de cette représentation de La cerisaie.

Il ne se passe pas grand-chose, les protagonistes disent n’importe quoi, des phrases qui ne sont que du bruit servant à remplir un silence qui se révélerait autrement insupportable.

Et je ne suis pas sûre que Tchekov, s’il proposait cette pièce maintenant, réussirait à la faire jouer. Le propos est bien mince: Lioubov, une aristocrate russe, revient de Paris où elle a passé cinq ans et dilapidé, en compagnie de son amant, la fortune familiale. Sa famille et les domestiques l’accueillent avec émotion mais Lopakhine, maintenant une homme d’affaires mais dont le père était un serf de la famille de Lioubov, apporte une note discordante à ces effusions: la ruine est aux portes et il faut vendre la cerisaie. C’est le fil conducteur de la pièce, Lioubov ne veut pas vendre à cause de son attachement émotif à la terre, personne ne semble en mesure de prendre une décision sensée, tout ce petit monde vit dans l’illusion et espère qu’un deus ex machina viendra par magie résoudre tous les problèmes. On pourrait à la limite établir un parallèle avec la crise économique de 2008 et tous ces gens qui vivaient au-dessus de leurs moyens et qui ont tout perdu.

Tchekov met en scène des personnages qui sont une fin de race, une classe sociale appelée à disparaître dans la tourmente de la Révolution de 1917, des gens oisifs qui mènent une existence privilégiée à cause d’un système de castes qui permet l’exploitation des serfs et des moujiks. J’éprouve bien peu de sympathie pour eux. Et, franchement, les voir s’agiter vainement et exprimer des regrets sans nombre alors qu’ils ont été les artisans de leur propre malheur m’a laissée de glace.

Les personnages ne sont ni sympathiques ni attachants, on ne croit pas à cette Lioubov (Maude Guérin), superficielle et frivole, qui carbure uniquement à la nostalgie d’une époque enfuie, qui fait ainsi souffrir tout son entourage et hypothèque l’avenir de ses enfants. Son frère, Gaev (Michel Dumont), tout aussi irresponsable, souffre du complexe de Peter Pan, homme qui n’a jamais grandi et qui se complaît dans une éternelle pré-adolescence où il n’a jamais à faire face à la réalité. La voix du bon sens, Lopakhine (Normand D’Amour), prêche dans le désert et ne peut rien faire face à l’inertie de cette famille qu’il aimerait pourtant sauver.

Mais il y a d’autres problèmes avec cette pièce: on entend mal certaines des phrases et plusieurs comédiens semblaient avoir des difficultés avec le ton à adopter pour dire leurs répliques. Nombre d’entre elles sonnaient carrément faux. La mise en scène d’Yves Desgagnés, minimaliste et statique, suit le texte et puisque ce dernier manque d’étincelles il se distille un certain ennui de l’ensemble. Tout cela est bien dommage. Et peut-être que cette pièce de Tchekov n’a plus la pertinence qu’elle a déjà eue.

Jusqu’au 4 décembre chez Duceppe. Pour en savoir plus, consultez la section multimédia du site de la Compagnie, dont cette entrevue.

par MC5 / photos François Brunelle