IMPÉRIAL OPÉRA

Alors qu’au théâtre je n’ai aucun problème à accepter les conventions du genre – soit le fait qu’on va s’asseoir dans une salle, qu’on regarde des gens s’agiter et faire des discours et que l’on accepte le tout comme si c’était vrai -, l’opéra m’a toujours par contre plongée dans des abîmes de perplexité. C’est-à-dire jusqu’à maintenant. Je le clame bien fort: je me suis maintenant réconciliée avec cette forme d’art et je remercie le ciel de m’avoir permis d’aller voir le Roberto Devereux de Donizetti. Ce fut une soirée formidable.

Je discutais plus tôt d’ailleurs avec mon compagnon d’opéra sur le bien-fondé de moderniser ce type de représentations: faudrait-il, pour attirer un public plus jeune, pour renouveler le cheptel des spectateurs, jazzer tout cela, ajouter du multimédia, prendre des risques en revisitant des classiques comme Robert Lepage semble le faire par exemple?

Nous nous sommes mis d’accord que non. Tout comme j’aime voir les pièces de Molière avec les costumes et les décors qui évoquent l’époque où elles ont été écrites, je tiens aussi au décorum et à la tradition qui fait de l’opéra beaucoup plus que du théâtre chanté: des gens avec des voix remarquables sur une scène et qui sont accompagnés par un orchestre symphonique, un art lyrique ou les émotions sont extraordinairement exacerbées, où les personnages sont plus grands que nature et où on peut mourir d’amour très facilement. Et pourquoi pas. Cela nous change de nos vies quelque peu ternes parfois.

Et l’opéra de Donizetti est parfait. Cette production impeccable raconte en trois actes un épisode de l’histoire de l’Angleterre, avec lequel Donizetti prend quelques libertés mais, bon, on ne lui en tiendra pas rigueur. Élizabeth 1ère a un amant, Roberto Devereux qui revient d’une campagne militaire en Irlande. Elle le soupçonne de l’avoir trahie politiquement et, pire encore, de lui préférer une autre femme. C’est un drame sur la jalousie et le malentendu, tout ça finit évidemment très mal tout en étant l’occasion d’envolées lyriques sensationnelles et de l’expression de sentiments absolument hors du commun.

Le rôle d’Élizabeth est tenu par la soprano Dimitra Theodossiou qui, franchement, m’a jeté par terre avec son intensité et son incroyable présence. Ce rôle est techniquement très difficile et la soprano grecque l’habite avec une véhémence et une crédibilité qui forcent l’admiration. Il n’y en a que pour elle lorsqu’elle est sur scène, on croit absolument à son dilemme, à sa rage, à sa jalousie et elle entraîne le spectateur à sa suite dans un maelstrom d’émotions. Je n’ai qu’un reproche: sa robe du premier acte qui était affreuse et qui ne lui allait pas bien. C’est au ténor russe Alexey Dolgov en Roberto Devereux que revient le mandat d’accompagner cette force de la nature et j’ai particulièrement apprécié le fait qu’il soit beau garçon en plus de bien chanter. L’objet de son désir, Sarah, jouée par Elizabeth Batton est également une ravissante personne bourrée de talent et j’ai beaucoup aimé Nottingham, le mari trahi de Sarah incarné par le canadien James Westman. Il a su véhiculer avec crédibilité et sobriété les émotions contradictoires qui déchirent son âme. Et un mot sur le chœur de l’Opéra de Montréal et sur l’Orchestre Métropolitain qui accomplissent un travail remarquable.

Que dire de plus? Ce spectacle est une réussite à tous les points de vue. Et, vraiment, j’ai hâte de retourner à l’opéra. Pour vivre au paroxysme par procuration.

Roberto Devereux est présenté à l’Opéra de Montréal les 17, 20, 22 et 25 novembre, 20 h. Avec surtitres français et anglais.

par MC5