GOGOSSES ET COSSINS

Dans ce quartier au sud de Sainte-Catherine où l’agressivité et la perdition agrémentent les rues rendues froides et tristes, qui eût cru qu’une soirée au café-bar Cléopâtre (dont l’appréciation varie grandement sur le site bardedanseuse.com) allait s’avérer si chaleureuse! J’aime les cadeaux, les activités farfelues et sans but, les lumières étranges et les sensations envoûtantes. En entrant, on m’a gentiment donné un petit sapin cheap et une cagoule, et présenté un tas de petits objets intrigants que je courais la chance de gagner avec un numéro.

Certains pourraient dire que trop de flafla pour agrémenter la musique peut être un signe douteux, mais qui a dit qu’un lancement de disque ne devait être qu’un lancement de disque? Ici, il s’agissait d’un échange, et c’est niaiseux comme ça, mais de voir toutes ces têtes cagoulées m’a rappelé qu’on a peut-être des fois envie de participer à quelque chose de collectif, et à faire un effort supplémentaire pour réussir à faire rentrer le goulot de bière dans la bouche (je parle ici de tasser l’excédent de tissu mal coupé de ladite cagoule cheap pour qu’il soit vis-à-vis de ladite bouche).

En première partie: non, ce n’était pas notre cher Patrick Watson qu’on voyait cagoulé au piano, avec sa fameuse voix saucée au slapback et au reverb, mais bel et bien Pratique Watson, qui s’est amusé à reprendre les Beastie Boys et Rage Against The Machine à sa sauce romantico-langoureuse. Recueillement, détente et rire.

Puis est arrivée Géraldine, la fille qui a apparemment un visage d’enfant (cagoulée), avec ses amis, les grands gars (cagoulés) de Navet Confit qui me feraient un peu peur par l’abject de leur tenue si je n’en connaissais pas quelques uns. Et bien que de loin cet aspect multicolore / faux sado-maso puisse en heurter quelques uns, reste que sous les bruits trash et l’ambiance délurée (je hais le mot «déluré») resplendissaient une gentillesse et une tendresse bien touchantes.

J’ai pu lancer mon sapin à Géraldine sur la chanson «Lance le sapin à Géraldine» et apprendre le signe éponyme de l’album, «Sold-Out Capitalisme», qui consiste à lever le bras gauche et à montrer son majeur et son annulaire. (Bravo Géraldine, tu as déniché LE signe qui n’est pas dans le tableau ci-joint.)

Bref, des activités pour toute la famille et le tirage au sort d’un BMX, une horloge et d’une taie d’oreiller Géraldine. Je n’ai rien gagné, mais j’ai pu admirer à la riche table de marchandise les bobettes qu’elle même a cousues. Bon, je m’exprime un peu comme un enfant qui revient de Disney World en énumérant les cossins qui l’ont allumés, mais c’est un peu comme ça que je me sentais. La musique, vous pouvez l’écouter maintenant. Le lancement (Ha! Ha!), vous n’y serez jamais (sauf pour ceux qui y étaient).

Mais c’est vrai, ils ont aussi joué de la musique. J’ai vu la désinvolture de Philippe Katerine et l’héroïne de Velvet Underground embrasser le quétaine et le pas quétaine, des enlevantes qui arrachent tout et d’autres un très très sucrées, mais surtout une voix cute qui entonne des trucs originaux et spontanés («Fuck l’amour, fuck la guerre», «L’amour c’est comme le post-rock») qui nous font regretter de ne pas être né deux fois, des intentions malignes ou pures qui font à la fois rire et soupirer d’inspiration. Ça ressemble à de la poésie.

par Félix Dyotte / photos par Rodolfo Moraga