BONYENNE DE BON SON

Souvenez-vous Pop Montréal, début octobre. Telle une fillette à Disneyland, vous exultiez à l’idée de retrouver vos groupes préférés et, par la bande, dénicher de nouveaux talents. Face à une programmation aussi variée, vous déambuliez nerveusement les rues montréalaises dans le but de ne pas rater le concert potentiellement inoubliable du festival, vos cris déchirant la nuit noire en cas de défaite cuisante.

Manque de pot, vous avez manqué d’assister à la performance de Bonjay! Pas la peine de vous repasser votre playlist d’emo inavoué sur votre iPod pour noyer votre chagrin, Nomag vient à votre rescousse et vous fait le topo sur la soirée. Question de vous donner un avant-goût de leur prochain passage en ville.

Bonjay, qui nous donnait rendez-vous au Jukebox (ancien Jupiter Room), a fait l’effet d’une véritable bouffée d’air frais dans une salle dont la capacité maximum avait probablement été dépassée depuis belle lurette avant notre arrivée (Recife et Pink Skull figurant également dans la programmation).

Pas le temps de tâter du terrain d’un pas hésitant ou de dodeliner mollement de la tête, le duo vous plonge directos dans ses rythmes syncopés: vous qui d’habitude tapez au plus du pied pour manifester votre envie secrète de shaker du booty jusqu’au bout de la nuit, vous voilà pris de convulsions à en faire pâlir d’envie Linda Blair en Regan MacNeill.

Non, vous n’êtes pas la jeune star de L’Exorciste: vous dansez. Vous n’en revenez pas – et moi non plus d’ailleurs.

Car oui, difficile ce soir-là de résister au charme ensorcelant d’Alanna Stuart, dont la bonhomie et la vivacité transcendaient toute paralysie face à l’appel du dancefloor. D’une voix engageante mais rassurante, celle-ci redoublait d’attention envers son public en encourageant les plus timides à s’avancer au devant de la scène, pendant que Pho s’affairait au second plan, aux platines, avec la méticulosité d’un moine copiste.

Un concert qui démarra sur les chapeaux de roue avec la très bonne «Stumble», qui nous rappelle parfois ces vieilles compils dancehall qu’on a tant aimées, remise au goût du jour grâce à des beats électro retrouvés dans de nombreux sets de DJs confirmés.

Puis vint «Shotta», morceau résolument plus dubstep rehaussé par des élans vocaux digne de La Roux (cass-dédi à mon ancien boss qui me l’a fait remarquer lors de ma première écoute de l’album). Ma préférée reste cependant «Frawdulent» où Alanna alterne entre un flow très ragga et des vocalises fortement imprégnées de musique soul et r&b.

La musique n’est pas sans rappeler les meilleurs tracks de Diplo, ce qui n’a rien d’étonnant puisque le duo a remixé un des morceaux du DJ et collaboré avec le label Mad Decent. Bonjay a également profité de l’occasion pour nous offrir une reprise du titre «Jamelia» de Caribou qui, contrairement à la version originale, se veut plus minimale et se laisse écouter facilement. Autant dire que les styles musicaux se bousculaient au portillon, et tout comme la foule disparate qui prenait part à une succession de déhanchés sans inhibition.

Bonjay: bon dieu que c’était vivant! Et pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’admirer la performance de ce sympathique duo torontois, pas de panique, Bonjay sera de retour le 10 novembre à Montréal, en première partie de Glasser au Il Motore.

En attendant ce mercredi fatidique, prenez votre mal en patience et courez acheter leur premier EP Broughtupsy, qui à défaut de partir dans des envolées lyriques de chanteur post-preppy pseudo torturé, remplira la mission première de tout album électro intelligemment fait: vous faire bouger.

par Ingrid Granarolo