Il semblerait que ça soit assez difficile de s’appeler Woody Allen et d’avoir à suivre ses propres traces. C’est du moins ce que suggère le visionnement des derniers films du réalisateur auxquels vient de s’ajouter You Will Meet a Tall Dark Stranger.
Après ce qui fût probablement son plus grand navet l’année dernière, l’infect Whatever Works, qui, sur papier du moins, nous permettait d’espérer de grandes choses, le plus récent film de l’artiste le plus angoissé du vingtième siècle prend des allures de chef-d’œuvre. Sauf que ce n’en est malheureusement pas un.
Ce sont les thèmes habituels qu’explore Allen dans You Will Meet a Tall Dark Stranger: chassés-croisés amoureux, le retour d’âge, le mariage, la fidélité, la confiance en soi, l’accomplissement de soi, etc.
Après quarante ans de mariage, Alfie (Anthony Hopkins) se réveille angoissé au beau milieu de la nuit et laisse sa femme pour re-saisir la jeunesse qu’il sent lui échapper. Il s’achète une voiture sport, des vêtements à la mode, s’inscrit au gym, se paie un condo stérile en ville et refait sa vie avec Charmaine (Lucy Punch), une jeune femme aussi cultivée qu’un balai et qui fait la moitié de son âge. Sa femme, Helena (Gemma Jones) rate son suicide et se met à consulter Cristal, une cartomancienne qui lui dit tout ce qu’elle veut entendre et à qui elle accorde une grande crédibilité. Sa fille, Sally (Naomi Watts), éprouve aussi des problèmes conjugaux. Son mari, Roy (Josh Brolin), est un écrivain médiocre qui peine à se faire publier et qui développe un intérêt soudain pour la nouvelle locataire de l’immeuble d’en face, Dia (Freida Pinto). Pendant ce temps, elle se sent tomber amoureuse de son employeur, le galeriste sophistiqué et attentionné Greg Clemente (Antonio Banderas).
Ici encore, c’est sur papier que le film est le meilleur. Tout laisse croire que Woody Allen parviendra à nous faire revivre la magie d’Annie Hall, de Love and Death ou de Zelig. L’histoire complexe qu’il nous propose se rapproche certainement plus de celles qu’il nous proposait dans ses belles années que de celles qu’il nous a proposées dans les dernières années avec les inégaux Match Point, Scoop et Vickie Cristina Barcelona. Les performances d’Anthony Hopkins, de Josh Brolin et de Gemma Jones sont certainement impressionnantes, et celle d’Antonio Banderas n’est pas inintéressante non plus. Naomi Watts, quant à elle, à l’exception d’une scène en particulier, n’offre pas la performance attendue.
Woody Allen semble incapable de donner vie à son scénario de façon convaincante en nous présentant des personnages qui soient le moindrement touchants. Ce qui déçoit le plus dans You Will Meet a Tall Dark Stranger, c’est que tous les éléments sont réunis pour qu’il s’agisse d’un bon Woody Allen. Le scénario loufoque et complexe, les dialogues bien ficelés, les performances convaincantes des principaux acteurs. Le film ne parvient toutefois pas à susciter l’intérêt comme il le devrait chez le spectateur, les personnages que l’on devrait détester ne sont pas détestables et ceux que l’on devrait aimer ne sont pas aimables. On finit par passer à travers ce Dark Stranger comme on traverse un parc. Ce n’est pas désagréable, mais on n’y fait pas tellement attention non plus. On se dit que ce n’est pas le pire Woody Allen qu’on a vu… Disons qu’on aurait préféré dire que ce n’est pas le meilleur.
par Alexandre Paré






