TOUT CE QUI BRILLE

Is this a joke? Voilà les premiers mots qui parviennent à s’assembler dans mon esprit  au vu d’une gigantesque licorne s’élevant majestueusement dans les airs et entourée d’une flopée de nuages. Le tout, surmonté d’un arc-en-ciel pour le moins… intéressant.

Collectionnant les références kitsch comme certains amasseraient les boîtes Polly Pocket ou les mèches de cheveux de célébrités, ma curiosité est titillée par ce jeunot à l’accoutrement inhabituel (veste en lamé bleu turquoise de quaterback agrémentée d’un dauphin, jean slim blanc, dunkers multicolores); je décide donc de me prendre au jeu et attends le début de la prestation. Prestation qui me laisse tout d’abord quelque peu perplexe – non, correction, interloquée: chorégraphie digne d’un clip de Britney sans danseurs, rap pouvant être comparé à un Robbie Williams se frottant contre les murs d’un club dans «Rudebox». Je scrute du coin de l’œil les portes de sortie pour vérifier si une équipe TV ne déboule pas dans la salle en criant à tue-tête «Surprise, sur prise!». Rien à l’horizon.

Puis il se met à chanter. Étonnement! Une voix sombre et caverneuse à la Julian Casablancas accompagnée de variations synth-pop et électro envahit alors la salle du Cabaret Juste Pour Rire (le dernier concert de l’artiste en ville, durant Pop Montréal, avant celui de samedi prochain). Me voilà prise au piège. Je suis comme hypnotisée par l’hybride, alternant sons pop trafiqués au clavier et riffs chaleureux de guitare prouvant une parfaite maîtrise de l’instrument.

Je ne sais quoi penser face à cet être m’évoquant un de ces mannequins huilés posant pour une photo de David Lachapelle. Étrange, certes. Clinquant, sans aucun doute, mais terriblement fascinant.

Car oui, Diamond Rings c’est  la matérialisation de ce meilleur ami imaginaire crée par mon subsconscient: ce meilleur ami fucked up qui transpire la créativité, progéniture illégitime de Madonna et de Dave Gahan, splendide Kreatur issue du cerveau d’un Brett Easton Ellis au mieux de sa forme, biberonné à la culture pop et soumis à un visionnement intensif de Jem and the Holograms. Ce joyeux spécimen de la MTV generation semble s’être à la fois emparé du meilleur et du pire de chaque décennie musicale, se l’être approprié même, de manière à réinventer ses propres codes et transcender les diktats esthétiques (même si, il faut se l’avouer, le timing est parfait puisque notre époque en est bel et bien à la glorification du kitsch).

Bien que la musique semble être taillée pour le dancefloor, la voix et les paroles en revanche se veulent plus mélancoliques et réflexives. Il y a en effet une certaine profondeur dans les chansons de Diamond Rings qu’on ne relève pas au premier abord. C’est le cas notamment de «Play by Heart» qui fut le morceau à ouvrir le bal mais que je n’ai réellement pu apprécier qu’à l’écoute de l’album. Il aurait d’ailleurs mieux valu la jouer à mi-course, le public s’attendant en premier lieu à un morceau entraînant qu’à des effleurements de piano.

Quoiqu’il en soit, le reste du concert était à mille lieux de la platitude. Diamond Rings habite la scène grâce à un charisme impressionnant et réussit sans grande difficulté à communiquer son enthousiasme à un public qui n’aurait pu retenir son énergie vibrante même s’il le voulait.

Mention spéciale pour «Show Me your Stuff » qui aura eu le mérite de rendre le public extatique et de nous plonger en plein cœur d’une soirée eighties à LA durant laquelle du Duran Duran jouerait à plein volume et serait accompagné d’un headbanging très posh mais persistant. En bref, Diamond Rings c’est: la théâtralité de Bowie, du synthé et autres effets sonores alliant new wave, cold wave et pop rock type Fischerspooner ou The Killers et enfin, la diva attitude de Donna Summer. A consommer sans modération.

Special Affections, le premier disque de Diamond Rings, a été lancé hier, le 25 octobre. Avec PS I Love You et Technical Kidman au Il Motore le samedi 31 octobre. Billets ici.

par Ingrid Granarolo