La première fois que j’ai vu l’ancien groupe de mon vieux copain de la librairie faire un concert, c’était au Zoobizarre, et malgré le work in progress flagrant de la formation, je n’avais pas vu depuis longtemps un chanteur se tortiller ainsi sur scène et danser impunément sur sa propre musique, allant jusqu’aux convulsions sur le plancher. Les vibrations post-punk underground qui rencontrent le new-wave et la ballade errante un peu franchouillarde, ça m’a laissé derrière la tête l’envie d’un jour me faire une petite promenade avec un chanteur inspiré, et d’en profiter pour faire quelques photos-montages non-autorisés.
On s’est donné rendez-vous au pied du Mont-Royal beaucoup trop tôt, et Rudy (Berhnard, qui chante et joue de la guitare) n’avait qu’une heure à me donner. Vite fait bien fait, on a monté la montagne en tentant de faire l’entrevue entre chacun de nos halètements.
Nomag: Vous aviez un autre nom quand je t’ai connu, je crois.
Rudy: Le premier nom officiel a été Les Chats. C’est de là que la tête de chat (dans nos photos et notre vidéo) provient.
N: Comment était votre premier show?
R: C’était en automne 2007 au CÉGEP du Vieux-Montréal. Ça faisait trois mois que les Incendiaires existaient. On était trois à pratiquer dans un sous-sol. C’était une expérience très peu concluante, mais nécessaire.
N: Récemment, vous avez joué pour Pop Montréal…
R: J’ai apprécié l’expérience. J’ai l’impression que c’était la première fois qu’il y avait plus de gens qu’on ne connaît pas que de gens qu’on connaît.
N: Comment avez-vous enregistré votre premier album, Mono No Aware?
R: En pièces détachées. On a commencé à enregistrer les morceaux pendant qu’on s’appelait les Chats, en 2005. Je me souviens qu’à l’époque, je t’avais fait entendre des démos, et en 2006 j’ai changé le nom pour les Incendiaires. Ça s’est fait sur trois ans. Une collection de pièces perdues qu’on a essayé d’assembler.
N: Donc la création du projet s’est faite de pair avec l’album.
R: Oui. Certaines pièces ont été composées en studio, d’autres traînaient dans mes tiroirs depuis longtemps. C’est vraiment éclectique comme manière de procéder. Maintenant, on a quinze nouveaux morceaux terminés. Amants d’immeubles est déjà sorti, mais on est prêts à entrer en studio.
N: Amants d’immeubles est justement numéro un à Musique Plus. Comment te l’expliques-tu?
R: Parce que c’est rafraîchissant. Je crois. Enfin… j’ai pas la prétention de connaître ce que les gens aiment. Jusqu’à date, le «do it yourself», c’est pas mal ce que l’on fait tout le temps. En fait on est vraiment des control freaks, Frédéric (guitare) et moi, ça a été difficile de concevoir qu’on allait travailler avec un réalisateur, ce qu’on a fait pour cette chanson. Bruno (basse) et Maxime (batterie) sont la section rythmique. On leur apporte les morceaux composés, et eux les retravaillent. Les drums sont assez stiffs quand on les travaille à la maison, et Max les trash un peu. Charles-David (claviers) est le musicien le plus accompli du groupe, le seul qui a une formation. J’ai décidé de ne pas aller à l’université. Parce que ça m’emmerdait, et je me suis dit que j’étais capable d’apprendre par moi-même ce que j’avais à apprendre. Les expériences de vie, je les ai apprises… en vivant.
N: Es-tu confortable avec ça, te lever tôt le matin?
R: Je n’ai jamais été confortable avec ça, mais je pense que ça ne changera jamais. Ce matin il fallait se lever tôt pour faire des photos, et ça a été totalement désagréable comme expérience.
N: Pour moi aussi. À quoi crois-tu que devrait ressembler une entrevue d’artiste?
R: En ce moment je trouve ça bien. Parfois c’est un peu restrictif.
N: Aurais-tu des bonnes idées d’entrevues?
R: Oui. Dans des endroits inusités comme une buanderie, par exemple, ou un cimetière. Ça pourrait être bien.
N: Te soucies-tu beaucoup de la réaction des gens, face au genre de musique que vous faites?
R: Il y a un côté post-punk évident, assumé, qui au départ était recherché. Je crois que ça tend à s’estomper parce qu’au début c’était surtout moi qui composais, et quand tu commences, tu as tes influences en tête. Ensuite Fred a commencé à composer, et maintenant je dirais que les compositions c’est 50/50. Et lui n’écoutait pas du tout la même musique que moi. Au départ, son truc était plus naïf, parce qu’il essayait un peu d’accoter ce que je faisais pour que les deux genres de composition se ressemblent. Mais maintenant, il a développé son propre style, et quand j’écoute ce qu’il fait, je me dis que c’est vraiment très original.
N: À quelle heure dois-tu partir?
R: À et vingt.
N: Parfait. On a le temps de se rendre au belvédère pour prendre les photos, on va être là dans trois minutes.
R: Est-ce que ça va dans l’entrevue, ça?
Les Incendiaires jouent le 5 novembre à l’Escogriffe pour le Coup de cœur francophone, et scrutent autour d’eux pour trouver du soutien pour leur prochain album.
Entrevue, photos et GIF par Félix Dyotte







