VA VOIR SUR FACEBOOK

Je me méfie généralement de l’engouement unanime de la critique et du public pour une grosse production très attendue, surtout lorsque le sujet est plus grand que nature. Le dernier film de David Fincher (Fight Club, Se7en, Zodiac), The Social Network, entre évidemment dans cette catégorie.

Le film raconte de la création du réseau social Facebook, l’ascension de son créateur, Mark Zuckerberg, et ses diverses péripéties légales, tels que l’a perçu le scénariste Aaron Sorkin (The West Wing, A Few Good Men) selon sa lecture du livre The Accidental Billionaires de l’auteur Ben Mezrich. Sorkin a monté son histoire, comme il sait bien le faire, autour des disputes administratives et légales qui ont ponctué l’évolution du plus grand réseau social informatique à ce jour.

Fincher parvient habilement à passer d’une procédure à l’autre pour revenir dans le temps et dresser le portrait romancé d’un individu incapable de relations sociales normales, rancunier, jaloux et dont la seule motivation dans la vie est de parvenir à un statut prestigieux pour attirer l’attention des filles et pouvoir dire à tout le monde qu’il est «CEO, bitch!». Le paradoxe qu’exploite Fincher est intéressant: le type qui a les habiletés sociales les moins développées depuis l’invention des habiletés sociales est à l’origine du plus grand réseau social informatique qui soit, un réseau qui rapproche les gens, pour autant qu’ils aient un ordinateur et un index. En ce sens, le commentaire sur la qualité des relations que Facebook permet est fort pertinent. Facebook privilégie la quantité de contacts et de relations, pas la qualité.

Quant au film lui-même, Fincher propose probablement le moins spectaculaire de sa carrière, et il faut admettre que c’est très bien comme ça. Il aurait été bien mal avisé de traiter une histoire de ce genre d’une autre manière, on parle, après tout, de la création d’un site Internet par un groupe de nerds de Harvard, pas de schizophrènes révolutionnaires.

La photo, comme toujours, est impressionnante et la musique de Trent Reznor est impeccable. Les gens qui ont vite comparé The Social Network à Citizen Kane font cependant preuve d’un bien grand manque de perspective. Les deux films n’ont en commun que la ligne narrative: l’ascension d’un jeune entrepreneur détestable. C’est limiter l’analyse à bien peu de choses.

Bien qu’il s’agisse d’un très bon film à l’écriture bien ficellée, The Social Network n’est pas le meilleur film de l’année et il ne faut pas s’attendre à le voir rafler les prix les plus prestigieux aux Oscars. Toutefois Jesse Eisenberg, dans le rôle de Mark Zuckerberg, sera certainement nommé dans la catégorie Best Actor, avec raison.

par Alexandre Paré