Il aura fallu attendre trois albums avant de pouvoir enfin découvrir sur scène la collaboration entre la fragile Isobel Campbell (ex-Belle and Sebastian) et le sombre écorché Mark Lanegan (Screaming Trees, Queens of the Stone Age, etc.). Si bien qu’on avait presque mis une croix là -dessus, pensant que ça n’arriverait jamais, que cette union relevait plus d’un rêve que de la réalité.
Il faut dire que l’ancien leader des arbres hurlants n’est pas ce qu’on peut appeler une bête de scène. Il a beau aimer faire de la musique et en faire beaucoup, ce n’est pas les projecteurs qui le branchent. Peu importe le groupe avec lequel il se pointe, l’ombrageux personnage à la voix graveleuse suintant le scotch préfère demeurer discrètement dans la pénombre, s’agrippant au micro à deux mains comme si sa vie en dépendait. La Campbell du duo n’est pas forcément plus à l’aise, mais au moins, elle assume l’éclairage et entretient certains contacts visuels avec son public.
Si on compare souvent l’union de leurs deux voix à celle de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, on ne peut pas faire de même avec la chimie scénique quasi-existante qui existe entre le vieux loup et la petite blonde à la voix d’ange: ils n’ont échangé un sourire qu’après «Come Undone» (troisième chanson) et un «thumbs up» à la toute fin du spectacle. Isobel semblait beaucoup plus à l’aise de partager la scène avec Willy Mason, venu interpréter trois chansons avec elle à mi-course, en plus d’avoir assuré la première partie du spectacle. Willy chante également sur le plus récent opus du duo. Est-ce que le prochain album sera un ménage à trois? M’est avis que oui. Les paris sont ouverts.
Certes, un tel manque de présence aurait pu refroidir l’enthousiasme des spectateurs, mais quand la musique est bonne, ce n’est toujours qu’un détail parmi tant d’autres. Les pièces de Hawk, Sunday at Devil’s Dirt et Ballads of Broken Seas sont presque toutes de véritables perles blues-country-folk (ou vice-versa) et le duo les rend impeccablement bien, malgré les quelques petits problèmes techniques venus pimenter la soirée. Les musiques composées par l’Écossaise sont interprétées à la quasi-perfection par le groupe qui accompagne les chanteurs (le même que sur Hawk avec entre autres Jim Culloch, Peter Dombernowsky et Dave McGowan). Bien sûr, la voix incomparable de Mark Lanegan est plus que jamais le venin du miel de celle d’Isobel, et c’est d’autant plus vrai en live.
À défaut d’être flamboyants, voilà des artistes qui ont beaucoup d’autres talents. Espérons qu’il ne faudra pas attendre encore trois galettes avant de les revoir une seconde fois.
par Charles Laplante / photo Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine






