LÉGENDES ET GRANDS MOYENS

Déjà 10 ans d’existence pour la formation Gorillaz et enfin un passage à Montréal ! Un show de grande envergure et pourtant très convivial, retraçant les 3 albums du groupe. Sur scène, une pléthore d’artistes qui ne cachent pas leur plaisir de participer à un projet aussi ambitieux que jouissif. Un public très varié et chaleureux, réuni au centre bell pour la même raison: rencontrer enfin les personnages 2-D Murdoc, Russel et Noodle. De notre côté, il fallait sauter sur l’occasion de ne pas vous apporter des photos, et, fidèles à l’anonymat visuel du collectif, on s’est aussi occupés à illustrer l’événement à notre manière.

Première impression avant le concert: le public se jette déjà sur le merchandising qui offre des affiches rares, une véritable bande dessinée du groupe et autres t-shirts, casquettes, etc…  on sent que peu de gens sont venus ici en curieux: ils assistent au show d’un groupe cher à leur yeux et qu’ils attendaient depuis longtemps. On attend le début du show avec en trame de fond une parfaite playlist reggae-dub. Première surprise, c’est le groupe We Are Wolves qui ouvrent la soirée. Il n’est jamais facile d’être première partie pour les grands groupes internationaux, le public étant toujours impatient de voir ceux pour qui il a payé si cher. Pourtant We Are Wolves ont remporté le pari en abordant le public avec décontraction, jouant la carte du local («Nous venons de Montréal», «nous sommes ici chez nous», etc…). Un set court et efficace qui recevra un accueil chaleureux du public. je retiendrais le seul commentaire du clavier Vincent Lévesque «c’est vraiment grand icit’», qui souligne le charmant décalage pour le trio, qui jouait deux jours plus tôt dans un loft à 2 heures du matin pour le festival Pop Montréal.

Le show de GORILLAZ débute par une animation de Jamie Hewlett (sur un écran géant d’une qualité incroyable), où l’on voit un manager frustré d’être coincé dans la loge avec ses musiciens. Le groupe fait alors son entrée de scène sur un magnifique thème joué par la section des cordes, pendant que notre attention est portée sur l’écran géant où l’on nous présente le merveilleux monde de Plastic Beach en images ralenties, une parfaite publicité pour un lieu de vacances imaginaire. Deux minutes passées et nous sommes déjà complètement immergé dans l’univers musical et visuel du groupe. La vidéo nous présente Snoop Dogg en tenue de chef-pirate, ce qui mène au premier véritable morceau de la soirée Welcome To The world Of The Plastic Beach. La scène s’illumine et nous laisse découvrir l’imposante formation, en arrière la section des cordes exclusivement féminine, 2 claviers, 2 batteries, 4 choristes, en avant un guitariste central, ainsi que 2 capitaines légendaires, Mick Jones et Paul Simonon du groupe The Clash (larmes dans mes yeux). Enfin, celui qui est entré comme tous les autres, dans l’ombre, pour s’installer au piano, j’ai nommé Damon Albarn, grand gourou de cette messe pop/rap colorée et enchanteresse.


En quelques mots, Damon Albarn est à ma connaissance le seul homme qui apparaît dans les 100 meilleurs albums des années 2000 (classement NME) avec 3 projets différents, à savoir Blur, The Good The Bad and The Queen et Gorillaz. Une bête de travail, bourré de talent.

Les morceaux enchaînent et les invités aussi, les parties rap sont assurées par le groupe De La Soul, Bootie Brown, le chanteur Bobby Womack, la chanteuse Little Gragon (pour mon morceau préféré, Empire Ants…) et bien d’autres, Albarn assumant la plupart du temps les parties pop qui peuvent parfois donner un petit goût de Blur. Au total, 24 chansons dont les singles indispensables comme Clint Eastwood ou Feel Good Inc mais aussi des chansons plus exigeantes, comme l’instrumentale Glitter Freeze. Le public, majoritairement assis, ne peut s’empêcher de se lever régulièrement au son des beats et devant l’enthousiasme des nombreux chanteurs. Damon Albarn semble vraiment heureux dans cette grande marmite pleine de talents et d’énergie. Il fait une erreur charmante en présentant chaleureusement mais au mauvais moment la formation de musique traditionnelle de musique arabe qui les accompagne sur la pièce White Flag (instant magique!). Il s’est excusé en disant qu’il n’avait jamais été un frontman professionnel et qu’il retournait de ce pas derrière son piano pour tenter d’oublier cette humiliation. Adorable. À noter également la présence constante et subtile d’un certain engagement politique, pas de grand discours, mais des allusions dans les textes, ou encore quand Albarn brandit un drapeau de paix pendant toute la durée d’une chanson. L’univers visuel sur l’écran est superbe, abondant de bonnes idées artistiques ou l’on peut suivre les périphéries des 4 membres fictifs du groupe, toujours sous la direction du co-fondateur du groupe, Jamie Hewlett. Un premier final qui amènera inévitablement à un rappel de 5 chansons, finissant sur un air sacré, avec la chanson Demon Days, sorte de gospel-dub souligné en vidéo par une représentation iconographique religieuse des 4 personnages 2-D, Murdoc, Russel et Noodle. La messe est terminée.

Ce que je retiendrai le plus de cette soirée est la leçon que donne Damon Albarn aux vétérans de la pop des années 1990 et 2000. Il a crée son propre style au travers de multiples expériences musicales, souvent de grande envergure, tout en gardant un esprit ouvert et neuf sur ce qui l’entoure, à l’image de ses collaborations rap dans Gorillaz ou encore world avec Amadou et Mariam. C’est grisant de voir un artiste réussir à si grande échelle et garder sa part de rêve intact, car c’est bien de cela qu’il s’agit ici. GORILLAZ, c’est le rêve d’un petit garçon qui se retrouve sur la scène géante du Centre Bell pour exprimer toute son imagination, ses peurs, ses désirs, épaulé par son propre équipage ainsi que ses héros.

par Julien Fargo / illustrations par Agathe Bray-Bourret