FNC: IRRÉVERSIBLE CINÉ

On se disait qu’en termes de cinéma éclaté, se taper deux festivals par année (SPASM et Fantasia), c’était bien assez. Après avoir épluché le programme de la 39e édition du Festival du Nouveau Cinéma (FNC), on réalise qu’on s’était bêtement planté.

Voici ceux qu’on n’a pas le choix de ne pas manquer (et tout plein d’autres suggestions de trucs qui risquent de pas mal rocker).

La Hache de Noé: Enter the Void

Alors que son premier film, Seul contre tous, nous avait saisi de par son troublant portrait d’un tueur aussi dépravé que boucher (vocation du principal intéressé), on doit avouer que son suivant, Irréversible, nous avait fait royalement chier, en plus d’en avoir sorti tout retourné, ayant enduré ses deux infâmes scènes de violence parmi les plus insoutenables de l’histoire du 7e art. C’est qu’on reproche surtout à Gaspar Noé d’avoir pas trop subtilement plagié la forme (récit à rebours) et le fond (viol et vengeance) de l’inventif Memento de Christopher ‘The Dark Knight’ Nolan, sorti deux ans auparavant.

Cependant, comme le maestro manie l’audace aussi bien que l’esthétisme (c’est-à-dire avec brio), on a très hâte de voir son nouveau délire tout en fluo, Enter the Void. À en croire les critiques, ça s’annonce comme étant tout sauf banal: on le compare à du Kubrick en mode trip psychédélique, qui ferait un apparemment fatal voyage astral au dessus d’un Tokyo allumé et surtout très lubrique. Ça l’air assez sick. En plus, comme Noé sera sur place, on pourra soit aller le féliciter ou encore lui dire ses quatre vérités direct dans’ face.

Lynch, de père en fille: David Wants to Fly et Hisss

Mon premier est un documentaire sur la passion de Lynch père, la méditation transcendantale, tournée par un autre David (Slevening) en Allemagne et en Autriche. Lors de la projection de David Wants to Fly, venez donc léviter en compagnie de la moitié des Beatles (Paul et Ringo y font des caméos) et du plus insolite réalisateur d’Amérique.

Tourné en Inde avec des locaux et réalisé par la fille de (Boxing Helena, Surveillance), mon second est une fiction Bollywood-esque de type fantastique, mettant en vedette une femme-serpent aussi vengeresse que magnifique. ‘Nough said. Notez que Hisss est présenté avec All the Flowers in Time, intrigant court québécois avec la toujours surprenante Chloe Sevigny. NDLR: la projection de Hisss a été annulée. On vous laisse la furieuse bande-annonce quand même, ça vaut le coup:

P.S. Avis aux fans de reptiles non-membrés, le Thaï The Intruder a l’air pas mal rempli de serpents lui aussi.

Passeport pour l’enfer: Territoires

Désolé, mais quand on compare Territoires à un croisement belliqueux entre Martyrs et Massacre à la Tronçonneuse et qu’en plus on nous avertit que «ce film contient plusieurs moments chocs qui pourraient déranger jusqu’aux plus endurcis», on ne se pose pas de questions et on y va sans hésitation, sans même avoir vu une image – y’a pas de bande-annonce. Sachez que ça a été tourné au Québec (par le français Olivier Abbou), monté par Douglas Buck (Family Portraits…, la refonte de Sisters), avec à la caméra l’ex-programmateur de Fantasia Karim Hussain (Subconscious Cruelty, La Belle Bête). Oh non, manquer cette projection – en première mondiale! – n’est même pas une option.

Échecs et pop = Ivory Tower

Quiconque connait le musicien et entertainer Chilly Gonzales (Jason Beck, pianiste-MC et producteur attitré de Feist d’origine montréalaise vivant de Berlin à Paris) sourit à l’idée d’enfin voir ce long métrage entièrement financé et co-écrit par ce dernier. Dans ce «drame sportif» tourné à T.O., deux frères champions d’échecs (Gonzo et le DJ-producteur électro Tiga) compétitionnent sur fond de jazz pour les «beaux» yeux d’une dame (Peaches). Sorti il y a quelques temps, l’album du même nom en est la trame sonore et l’hilarant clip d’I Am Europe joue le rôle de la bande-annonce (on vous l’avait déjà mis dans l’entrevue avec Gonzo il y a quelques semaines, le revoici.) Le Rocky des échecs et de la pop indie.

Notez qu’on aura aussi droit à des DJ sets de collabos de Gonzo (des membres de Lesbians on Ecstasy et The World Provider) lors de la vraisemblablement festive et courue projection à l’Agora. C’est justement à ce sympathique endroit que se tiennent toutes sortes d’événements durant le festival (souvent gratuits), comme des expérimentations multimédias (FNC LAB) et autres soirées mondaines incluant des prestations de We Are Wolves, Patrick Watson, Think About Life et autres DJ invités.

Du pays d’Aldomovar et de Dali: Biutiful et Balada Triste

Comment se tromper avec Biutiful d’Alejandro Gonzales Inarritu, le réal’ de Amores Perros, 21 Grams et Babel, avec le puissant Javier Bardem. Avouez! Comme on aime aussi beaucoup Alex de la Iglesia (en quelque sorte le Robert Rodriguez espagnol), on se régalera de Balada TristeThe Last Circus, un cirque qui semble mêler danseuses burlesques, clowns instables et mutations historiques. Miam.

Made in Québec: 10 ½, Jaloux pis Curling

Une claque dans’ face en partant. 10 ½ s’annonce vraisemblablement comme étant un de ces films durs à regarder sur des familles vivant en milieu défavorisé. Réalisé par celui  qui nous a terrassé avec Les 7 Jours du Talion, Daniel «Podz» Grou (Minuit le soir et Les Bougon).

Jaloux s’est pour sa part doté d’efficaces acteurs (dont Sophie Cadieux) et de DJ Ram pour l’ambiance sonore (qu’on qualifie d’inquiétante). Finalement, on fermera le tout avec Curling, le dernier film d’un des plus singuliers réal’ d’ici, Denis Côté. Ce dernier nous avait donné notamment le fascinant Carcasses (docu’ romancé sur un ferrailleur d’exception) et le pesant Elle veut le chaos. Curling a l’air chaud et froid en même temps. Et surtout intrigant. On l’aime de même notre cinéma.

FNC en vrac: Confessions, Temps Zérø, animations, et cetera

Mention à ces Confessions glauques nous provenant du Japon, avec comme intense trame sonore du Radiohead et du Boris, sur fond d’étudiante tuerie; effectivement, ça rappelle un brin les Suicide Club et Battle Royale de la précédente décennie.

Afin de célébrer le talent du récemment disparu Dennis Hopper, Temps Zérø nous fera (re)découvrir le sauvage, violent et cinglé Mad Dog Morgan, cultissime film de bandits australien (1976)  au tournage de réputation chaotique. On y présentera également Rammbock (un [rec] allemand), Chatroom (le dernier d’Hideo ‘Ringu’ Nakata), Doman Seman (des folleries japonaises déphasées), La Casa Muda (vous aimez votre caméra à l’épaule nerveuse et stressante car voyeuse?), Monsters (une prometteuse sci-fi fauchée se la jouant District 9 et The Host) et The Sentimental Engine Slayer (d’Omar Rodriguez-Lopez, guitariste de The Mars Volta), entre autres.

Et quoi encore? Le suffoquant dernier film de Thomas ‘Festen’ Vinterberg (Submarino), de jolies animations en 2D (Sylvain «Les Triplettes de Belleville» Chomet + le fantôme de Jacques Tati = L’illusionniste) ou plus trash en 3D (le «machinima» The Trashmaster, monté à partir de séquences du jeu vidéo Grand Theft Auto IV), un touchant docu’ argentin suivant sur la route un freakshow contemporain donnant dans la peinture et le tango (Mundo Alas), un très cru Crash des Pays-Bas où la viande prend le rôle des bagnoles de Cronenberg (Meat), les portraits du papa de Mickey & Mallory Knox (Rolling with Stone) et de celui d’Elvis Gratton (Pierre Falardeau ainsi qu’une rétrospective sur le réalisateur d’Octobre et Le Party), et cetera.

***

Vous avez le choix. Pas moi: y’a beaucoup trop de ciné qu’on regretterait de manquer. Ô FNC, où étais-tu toutes ces années? Juste là, mais on ne se connaissait pas. Heureusement, on s’est (enfin) trouvé.

Du 13 au 24 octobre, dans tout plein de cinémas (Impérial, Ex-Centris/Parallèle, Quartier Latin, ONF, Cinémathèque Québécoise, etc…).

http://www.nouveaucinema.ca

par Kristof G.