PAS DE TEMPS MORT

Intense le FNC. Du bon, du moyen et de l’excellent. D’ici et d’ailleurs. Dans tous les cas, des trucs uniques, non-formatés ni fromageux, à des milliers d’années lumières de ce qui se fait à Beverly Hills. Comme on est plus du genre à tripper cinéma de genre (de ceux qui s’ennuient de Fantasia 11 mois par année), on s’est concentré surtout sur la section Temps Zérø de la programmation, et on ne l’a pas regretté. Oh non. Voici donc notre sélection.

Sexe, surlonge et vidéo

Notre tout premier film vu cette année – Meat (dans un quasiment vide Cinéma Quartier Latin) – n’était finalement pas très ragoûtant, malgré un synopsis initialement appétissant. Aussi froid qu’un steak d’épicerie, ce buffet non-végé incluait quelques porcs vicieux et pas très frais, une jeune poulette pas cuite adepte du caméscope et une couple de cougars plus ou moins avariées adorant se faire faire une farce (on aurait pu aussi utiliser un verbe plus disgracieux) dans le frigo du boucher. Non merci, on n’a plus du tout faim. Après 30 minutes de cette douteuse et aseptisée viande hachée, on en a eu assez (ça tombait bien, Clutch se faisait le Métropolis ce soir-là).

Après notre dose de rock, on se rendit au magnifique Cinéma Impérial, pour voir le remplaçant de Hisss (annulé in-extremis quelques jours avant le début du festival), soit Norvegian Ninja. Cette farce rétro (sans authentiques ninjas) était bourrée d’humour absurde et de références aux classiques des années ’80, pastichant au passage Star Wars et des actionneurs à l’invasion soviétique (la bande de RoadKill SuperStar aurait adoré), dans des décors incroyables (les fjords scandinaves). Du grand n’importe quoi. Marrant.

Cependant, le clou de la soirée était incontestablement le court métrage qui précédait NN, All the Flowers in Time, de Jonathan ‘Tarnation’ Caouette, avec Chloe Sevigny, lorgnant du côté d’étranges comme Lynch et Chris Cunningham. En à peine 13 minutes, on arriva à nous déstabiliser/traumatiser (un brin), à nous faire rire et assez peur en même temps. Une étrange émission de télé, des jeux pas recommandés, une jasette sur le ciné, des photographies possédées… wow. Ça passe aussi à SPASM dans pas long. Ne manquez pas ce trip psychédélique limite psychotique.

Fumer un sacré tarpé avec Noé

Parlant d’effets visuels saisissants, rien de bat Enter the Void, LE meilleur film du festival. Sûrement l’expérience audio-visuelle la plus intense jamais vécue en salle – quoiqu’on n’a pas vu 2001: A Space Odyssey au cinoche. En plus, dans un Impérial plein à craquer. Après Trainspotting, Easy Rider et Fear and Loathing in Las Vegas, on croyait savoir comment recréer des expériences psychotropiques à l’écran. On avait tout faux. Ici, LSD + XTC + DMT = TKO.

Noé a foutu son agile caméra tout partout, tel un Fincher sous acide (remember Panic Room?), l’insérant dans toutes sortes d’orifices, la faisant virevolter au dessus de – ou carrément dans – la tête de notre héro (comme dans le cool et coloré Strange Days de Kathryn Bigelow), effleurant les nombreux néons de Tokyo (dans la veine Blade Runner), dans un club d’effeuilleuses (Verhoeven, sort de ce corps) ou un bar miteux (le Void, beaucoup moins poisseux que le Rectum de son troublant Irréversible), en utilisant toutes sortes de filtres, de teintes et d’effets visuels (si vous avez aimé Natural Born Killers), jusqu’à un «happy» ending orgiaque.

Évidemment, tout le monde sait que Noé a beaucoup de style (quel générique!), mais dans ce cas-ci, il n’en abuse pas au détriment de l’histoire. Au contraire, la famille, l’amour (ou manque de) et la dépendance (sexe, drogue) s’entremêlent dans ce récit tragique (connaissez Å’dipe?) aussi alambiqué que psychédélique, oppressant, angoissant. Après un événement clé de l’histoire, s’arrime un long flashback hyper-stylé et accidenté (le fameux POV à la troisième personne – qui fait très jeu vidéo), nous expliquant pourquoi nos persos principaux sont ce qu’ils sont maintenant, avant de revenir les retrouver dans un fatal et irrévocable tourbillon final. Mention spéciale à Paz de la Huerta (un charmant croisement en Juliette Lewis et Milla Jovovich), qui se donne corps et âme dans le déchirant rôle de la frangine, l’intensité dans le tapis (un peu comme Adjani dans Possession).

Gaspar Noé a signé un putain de grand film. Pas un film agréable (plusieurs ont quitté les lieux durant la projection) ni un film pour tous les publics (y’a beaucoup trop de sexe et de violence pour matante), mais c’est une œuvre aussi intense qu’importante. Un film qui pose plein de questions (comment remplir le vide, qu’est-ce qu’il y a après…). On aurait vraiment aimé pouvoir féliciter Noé en personne, mais il n’a finalement pu être des nôtres, contrairement à quelques uns des membres de son équipe (incluant son talentueux monteur Marc Boucreau et l’une de ses actrice, la jolie Janice Béliveau). Tout un trip. Si vous avez adoré des trucs extrême comme Requiem for a Dream et ex-Drummer, vous allez halluciner. Les fans de Patrick Senécal (Aliss, Le Vide, Hell.com) aussi. Ses 161 minutes passent si vite, c’en est impressionnant.

Week-end de thriller

Surtout, que juste avant Enter the Void, on s’était tapé deux films back-to-back, soit l’oubliable quoiqu’intéressant exercice qu’est The Trashmaster (monté à partir du jeu vidéo GTA IV, mais au doublage déficient) et surtout le tendu et efficace Jaloux. Sophie Cadieux brille en fille aux mœurs et au coude légers, dans ce film mêlant jalousies et vengeance, qu’on pourrait qualifier de thriller rural hitchcockien (joliment appuyé par une musique subtile, jazzée et stressante de Ramachandra ‘DJ Ram’ Borcar, rappelant Herrmann). Lors de notre visite à ce chalet sur le bord d’un lac, on pensa aussi à Polanski et à Peckinpah, et même à un certain cinéma de genre américain des années ’70. «La seule chose qui peut garder un couple ensemble, c’est une secret» (phrase prononcée par le «méchant») résume vraiment bien (sans dévoiler quoi que ce soit) cet excellent petit film qu’est Jaloux, réalisé par Patrick Demers (qu’il a co-scénarisé avec les acteurs). Superbement filmé et fort bien ficelé. Bravo.

Les clowns sont tristes

Un autre de nos coups de cÅ“urs de cette année fut incontestablement Balada Triste – The Last Circus, du grand réalisateur espagnol Alex de la Iglesia. Une histoire complètement démente, un brin politisée (des échos de Franco – comme dans Pan’s Labyrinth) mais surtout véritablement disjonctée, racontant ultimement le tragique triangle amoureux de trois collègues bossant au  cirque (dans les années ’70): deux clowns instables (pour ne pas dire psychotiques) et une somptueuse trapéziste pas trop branchée, un brin maso. L’un des clown est du genre prime, une sorte d’hybride entre le Day Lewis de Gangs of New York et le De Niro de Cape Fear, tandis que l’autre se transforme en Bozo Schizo Commando, adepte de l’(auto)mutilation, sous les yeux médusés de la belle. Durant la projection, toutes sortes de films nous sont venus à l’esprit (avant de nous donner un ultime frisson), qu’ils soient des classiques ou de petites séries B, de Frankenstein à I, Madman, en passant par King Kong, U Turn, Falling Down, Freaks et les films de Tim Burton. Du grand guignol à saveur de burlesque comme il s’en fait trop peu. Marrant, mutant, stressant, violent, touchant. Brillant.

Après un début qui sonnait étrangement comme une bande-annonce de 30 minutes, Confessions est graduellement devenu en quelque sorte l’équivalent d’un concert de Godspeed you! Black Emperor: un lent crescendo d’intensité pouvant soit éblouir les masses (le film remporta le prix du public de la section TØ – et représentera le Japon aux Oscars), en ennuyer – voir même emmerder – certains ou même en laisser quasi-indifférent plusieurs. N’est pas Battle Royale qui veut, alors qu’aucun récit de vengeance n’arrive à la cheville du surprenant Oldboy. Bon premier film, sans être réellement transcendant.

Toujours dans la même section, on aurait vraiment aimé adorer le court et tonitruant film allemand Rammbock (59 minutes) – présenté en fin de festival – si seulement on ne s’était pas assoupi (eh oui) au milieu de cette invasion de zombies. Un petit mot sur Mad Dog Morgan, ce complètement marteau film australien (datant de ’76), que son réalisateur Philippe Mora est venu en personne nous présenter. Dennis Hopper (1936-2010) y incarne un violent hors la loi, hirsute et alcoolo, de la trempe de Billy the Kid, devenu fugitif traqué par la police pour avoir commis d’innombrables délits. Lors du Q&A post-projection, Mora avait tout plein de savoureuses anecdotes. Crime de bon Jack.

Sur la glace

Curling en un mot? Excellent. Vraiment. On n’aurait pu espérer de meilleur film pour terminer notre FNC. Un film sombre, humain et unique. Et fait ici en plus. On se gardera de trop vous en parler pour l’instant. Restez branchés sur Nomag, peu avant la sortie en salle de Curling (12 novembre) paraîtra une méta-critique incluant un chat avec le singulier réal’, Denis Côté. Bientôt.

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Cher FNC, on se revoit pour ton 40e, qui aura lieu du 12 et 23 octobre 2011. Merci pour ce buffet tout garni assouvissant momentanément notre cinéphilie.

http://www.nouveaucinema.ca

par Kristof G.