NOUS SUR SCÈNE

Milieu de l’après-midi. On rencontre Daniel Bélanger dans un appartement chic hôtel du centre-ville. Sous la mezzanine en béton et les luminaires en stainless, on ne peut s’empêcher de lui demander à brûle-pourpoint ce qu’il préfère, du moderne ou de l’ancien. «Le moderne», répond avec assurance celui qui, pour la pochette de son album précédent,  posait au milieu d’antiquités.

C’était pour L’Échec du matériel, et c’était en 2007. Penser reprendre Daniel Bélanger là où on l’a laissé, c’est mal le connaître.

Pour son sixième album studio, parmi lesquels Déflaboxe en 2003, un exutoire électronique dont les pièces font figure de rounds, la bohème ne s’est pas usée pour Bélanger. Avec Nous, il offre son engravé le plus orchestré, libéré et cuivré à date, saxophones à l’appui.

Tu as déjà affirmé que tu attendais toujours d’être synchronisé avec toi-même pour pondre un album. Avec quelle tête partais-tu cette fois-ci?

Je voulais que ça swingue, je voulais que ce soit joyeux. En fait j’essayais de prouver que, pour qu’une chanson soit profonde, elle n’a pas besoin d’être lente ou sombre. J’ai voulu parler de choses graves sans empiéter sur la musique. Les anglophones ont cette facilité-là, d’aborder des choses dures sur des chansons up tempo. Ça n’a pas besoin d’être introspectif ou contemplatif pour que ça marche.

Dans l’extrait radio qui a lancé le disque, «Reste», on percevait déjà les deux visages de l’album. Les arrangements sont riches, presque flous, mais les paroles sont percutantes…

Oui. Je me rends compte que j’aime écrire en images. C’est surtout avec L’Échec du matériel que je me suis mis à écrire des phrases plus percutantes que pour Rêver mieux et ceux d’avant [Quatre saisons dans le désordre, la révélation Les Insomniaques s’amusent]. C’est la beauté de la simplicité: si ta phrase est courte mais bonne, elle sera percutante.

Il y a un peu de tout et son contraire sur l’album. D’ailleurs la pièce «L’Équivalence des contraires» l’évoque… C’est une histoire d’amour?

Oui, l’amour comme le grand, l’universel.

Paradoxe oblige, tu parles aussi de guerre…

Oui, notamment avec la phrase «canon de beauté» dans «Reste». Je me suis rendu compte que les villages et les gens partent en guerre les uns contre les autres pas seulement à cause de la haine, mais aussi pour protéger ceux qu’ils aiment. C’est l’amour qui les stimule et leur donne le courage d’aller se battre. Pourtant ils vont tuer du monde. L’expression «canon de beauté» rejoignait ce paradoxe.

En regardant en arrière, te sens-tu aussi près des chansons des Insomniaques s’amusent qu’autrefois?

Je suis proche de ce que ça évoque. C’est-à-dire que musicalement, je ne referais pas nécessairement les choses comme ça. Je suis content que les gens éprouvent de l’attachement pour ce que j’ai fait. Ma façon de les remercier, c’est de faire ces chansons-là sur scène. Simplement, je n’ai aucun regret, mais je ne ferais plus les choses de la même manière aujourd’hui.

Ça fait quand même quinze ans de ça…

Dix-sept! (rires)

Daniel Bélanger au Métropolis les 28 et 29 octobre, puis un peu partout au Québec en novembre et en décembre.

par Evelyne Côté