AUTOUR DU SQUARE

Venise a été une cité-état indépendante pendant 14 siècles, jusqu’à ce que Napoléon prenne la ville en 1797. La pièce de Carlo Goldoni a été écrite au moment où Venise entamait son déclin. On aimerait bien que les déclins soient toujours ainsi.

Goldoni est un digne descendant du poète et dramaturge latin, Terence. Vous savez combien j’aime les romains. Terence est un de mes préférés. C’est lui qui a écrit: Homo sum; humani nihil a me alienum puto, c’est-à-dire: Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Dans Il Campiello c’est justement cette humanité qui nous saute au visage.

Un campiello, c’est la place autour de laquelle se trouvent des maisons et une auberge et où, climat oblige, vivent les gens. Et où ils s’expriment avec une verve et une énergie disons, toute italienne. Terence faisait parler le peuple et les petites gens dans ses pièces, Goldoni fait la même chose et le résultat se révèle complètement réjouissant.

Il y a trois jeunes filles à marier dans ces maisons du campiello. Il ya aussi, ô hasard, trois soupirants, dont un étranger qui arrive de Naples. Il y a des mères plus ou moins abusives, plutôt plus que moins en fait. Il y a un certain nombre de mini-complots, de malentendus, de tergiversations, de manipulations.

Et tout ce petit monde chante, danse, boit, rote, pète, vomit, pisse, crie, se chamaille, existe quoi, dans le plus total abandon. C’est épouvantablement sexiste: les hommes battent leur femme, et les mères, veuves caricaturales à souhait, sont en chaleur et ne désirent rien de plus que de marier leur fille pour avoir enfin l’occasion, elles aussi, de se trouver un mari. Mais on s’en fout, et même si c’est quasi grossier ou presque vulgaire, c’est aussi terriblement vivant et follement drôle.

Serge Denoncourt, que je salue ici bien bas, nous a donné le spectacle le plus jouissif de la saison jusqu’à présent. On sent le bonheur qu’il a dû éprouver à monter cette pièce et à diriger ces excellents comédiens qui, eux aussi manifestement, s’amusent comme des petits fous.

Et à travers ces impeccables performances, soulignons celle de Marie-Laurence Moreau qui joue Gasparina, l’insupportable snobe qui arbore la plus incroyable collection de chapeaux inspirée par le New Look de Christian Dior. C’est ainsi dans cette pièce: il y a de délicieux anachronismes et des ruptures de ton qui ajoutent encore plus au plaisir du spectateur. On en redemande. Que vous dire de plus? Allez donc voir par vous-même, vous passerez vraiment un bon moment et sortirez de la Cinquième salle de la Place des arts le sourire aux lèvres.

Il Campiello est présenté par le Théâtre de l’Opsis à la Cinquième salle de la Place des arts jusqu’au 30 octobre.

par MC5 / photos Yannick MacDonald