C’est perplexe que je suis sortie du théâtre Jean-Duceppe. À présent, la pièce de la comédienne Catherine-Anne Toupin, m’a en effet fait l’effet d’un coït interrompu. Ou trop précoce. Ou pas à la hauteur de ses fantasmes?
Commençons par le commencement. Un couple éprouvé par la routine et un drame familial passe à travers sa vie à coups de journées, à l’hôpital pour lui le médecin, et en peignoir délavé pour elle à la maison. Mariés, beaux, emménagés dans un nouvel appartement depuis quelques mois, Benoît et Alice ont tout pour être heureux. Mais la vie les use.
Jusqu’au jour où les voisins débarquent. Véritable entrée par la grande porte d’un couple douteux à la Rosemary’s Baby (monsieur gracile au sourcil circonflexe, madame criarde aux yeux fouineurs), les Gauche sont affublés d’un fils mi-trentenaire qui leur colle aux fesses et qu’ils méprisent. Ce trio d’enfer s’imposera dans la vie d’Alice et de Benoît, les prenant par ce sentiment perdu d’être désiré et aimé au-delà de tout.
S’ensuit un souper-apothéose où les sous-vêtements sont à l’honneur, puis une valse identitaire où deux personnages échangeront leur place, avec l’aval, fataliste et sournois, de tous. Je ne vous dis pas lesquels, gardons-nous quelques surprises quand même.
Car la pièce peut valoir la peine d’être vue, ne serait-ce que pour le jeu des comédiens: particulièrement David Savard en chum dégonflé, Monique Miller en vieille dame envahissante, et Éric Bernier en Tanguy névrosé. Aussi pour le ton, qui alterne sans coup férir entre l’humour noir et l’angoisse. Un combo gagnant si maîtrisé avec subtilité.
Malheureusement, la plume de Catherine-Anne Toupin pèche (parfois) sur ce point. Assénantes, courtes et se voulant énigmatiques, les répliques résonnent trop souvent fort, gras. Le mystère entourant les personnages a aussi pour effet de les aplanir, voire de les rendre évanescents. Comme si on voulait s’y garder un flou artistique sans vraiment pouvoir mettre le doigt sur la source.
«Avec cette pièce, j’avais le désir de m’éloigner d’un théâtre plus réaliste et directement relié à nos vies quotidiennes. J’ai voulu toucher à quelque chose de plus viscéral, sombre ou énigmatique dans l’être humain», a déclaré l’auteure au journal Voir sur l’œuvre déjà présentée en 2008 à La Licorne. Une pièce à message, c’est correct. Une pièce capable d’émouvoir sans message, c’est mieux. Encore faut-il que la viscéralité opère.
À Présent est présentée jusqu’au 16 octobre au Théâtre Jean-Duceppe.
par Evelyne Côté / photos François Brunelle






