La troisième édition de So you think you can dance Canada est présentement diffusée sur les ondes de CTV. Nomag n’a pas d’argent pour m’envoyer à Toronto où tout cela se passe, alors j’ai interviewé au téléphone les deux danseurs québécois qui se sont retrouvés dans le top 20.
Claudia Primeau a 26 ans et est une spécialiste de la danse sportive (ce que les anglais appellent Ballroom dancing) et Yonni, 27 ans, donne dans la salsa. Ils sont les deux seuls danseurs québecois à avoir survécu aux auditions et à s’être retrouvés dans le Top 20.
Lors de la première et deuxième saison, il y en a eu cinq à chaque reprise… et je vous rappelle que la première mouture a été remportée par Nicolas Archambault alors qu’à la deuxième saison, Vincent Desjardins était deuxième. C’est un fait que le Québec est une pépinière de bons danseurs. Que s’est-il donc passé cette année? Claudia croit que les juges ont voulu équilibrer le plus possible les différents styles et que la belle province présentait un trop grand nombre de danseurs spécialisés dans le ballet contemporain. C’est bien possible. Mais il demeure que c’est le vote du public qui décide ultimement du sort des danseurs et que l’émission est beaucoup moins regardée au Québec que dans le reste du Canada où elle fait des cotes d’écoute dépassant le million et demi de téléspectateurs. Ça mes amis, pour le Canada anglais, c’est phénoménal. Mais est-ce que nos compatriotes de Medicine Hat en Alberta ou de Whitby en Ontario vont décrocher le téléphone et voter pour Claudia et Yonni? Rien n’est moins sûr. Aaaaah, les deux solitudes….
Une compétition comme celle-là est extrêmement exigeante: la beauté de la danse, la fluidité du mouvement, les prouesses techniques, tout cela ne s’acquiert qu’avec énormément de travail. Les danseurs répètent huit heures par jour, sept jours sur sept. Lorsqu’ils ne répètent pas, ils essaient leurs costumes. Ils n’ont pas le temps de faire du tourisme, les seules sorties que Claudia se permet c’est à la pharmacie pour aller chercher de l’antiphlogistine ou des tylenols.
Ils habitent dans un appartement quelque part à Toronto (Claudia me disait qu’ils sont liés par une entente de confidentialité et n’ont pas le droit de dire où ils crèchent. Il y a ça et il y a d’autres choses aussi dont elle ne pouvait pas parler.) Elle et Yonni, qui répètent dans les locaux du National Ballet, précisent cependant qu’ils sont très bien traités, que la nourriture est excellente et que des physiothérapeutes et des massothérapeutes sont sur place afin de voir à leurs muscles endoloris et de leur éviter, dans la mesure du possible, des blessures qui empêcheraient leur participation à la compétition. Mais Claudia admet qu’au début c’est l’adrénaline qui les tient et qu’inévitablement la fatigue va les rattraper. Elle le sait d’autant plus que son copain, Francis Lafrenière, a participé à la première saison et qu’il l’a mise au courant des terribles exigences auxquelles elle devrait se soumettre.
Ils ne voient les juges qu’à l’émission. Bien sûr, tout le monde est extrêmement gentil et c’est un bonheur que de travailler avec les chorégraphes qui leur sont attribués. Yonni précise qu’il n’y a pas de bitcheries et qu’en fait les concurrents se voient peu: ils ne sont ensemble que pour les chorégraphies de groupe.
Yonni Fournier est cubain. C’est son vrai nom, il y a des Fourniers en Espagne et à Cuba, qui l’eût cru? Il est arrivé au Québec il y a quatre ans, tout seul, a appris le français, qu’il parle très bien, ainsi que l’anglais et gagne sa vie avec la danse. Il a participé à de nombreuses émissions de télévision en tant que danseur: Star Académie, En direct de l’univers, le Gala des prix Gémeaux et a fait partie des productions de Shéhérazade et de Oh! Boy et Viva Casino. Il me disait qu’il se sentait parfois bien seul puisqu’il n’a pas de famille au Canada et qu’il compte sur la sympathie du public pour demeurer le plus longtemps possible dans la compétition. Et il compte aussi sur son talent: c’est la troisième fois qu’il se présentait aux auditions et il a suivi d’innombrables cours de ballet contemporain et de hip hop en vue de se préparer et d’être choisi. Sa famille à Cuba est très fière de lui mais ne comprend pas trop le concept de téléréalité qui n’existe pas sur l’île de Fidel Castro. Pour Yonni, So you think you can dance Canada est un tremplin qui devrait lui permettre de danser au cinéma et d’entamer une carrière de mannequin.
Francis Lafrenière et Claudia Primeau possèdent Bahia Studio, deux écoles de danse à Longueuil et à Châteauguay. Pour Claudia aussi c’est l’occasion de se faire connaître. Et pour elle et Yonni, travailler avec les meilleurs chorégraphes demeure une occasion incroyable d’apprendre et d’explorer. Un rêve: Mia Michael, qui chorégraphie des danses aux scénarios à la fois pleins d’émotion et de prouesses techniques.
Pour ces deux jeunes Québécois, c’est fabuleux de se retrouver à Toronto dans un contexte comme celui-là. Mais la vie étant ce qu’elle est, tout le Québec n’était pas derrière eux et les téléspectateurs de Medicine Hat et de Whitby n’ont pas voté pour Yonni: il a été éliminé hier soir (mardi 31 août) alors que Claudia s’est retrouvée parmi les trois dernière danseuses pour le nombre de votes. Que voulez-vous, une compétition comme celle-là, où le public vote, relève terriblement du chauvinisme, de l’esprit de clocher et de la fierté locale. Il faudrait peut-être qu’on s’y mette ici.
N’oublions jamais que la danse est une discipline extrêmement difficile, qu’un danseur ne vit que par et pour son art, qu’il fait des sacrifices énormes pour accomplir les prouesses qui nous laissent sans voix. Et dans le domaine de la téléréalité, ça fait drôlement du bien de voir des gens qui ont vraiment du talent à la télévision.
So you think you can dance est diffusé les lundis soirs au réseau CTV. Les résultats du vote du public sont diffusés les mardis soirs.
par MC-5






