C’est sur mon chemin de la sortie, pour ma cigarette d’après repas que je suis tombé sur lui. Non pas par hasard, nous nous étions bel et bien donnés rendez-vous à la Casa del Popolo, mais dans un naturel qui ne ment pas, qui marque, de la même façon que sa musique, dès la première écoute.
J’ai évité le jeu des comparaisons avec lui, lançant à la blague qu’elle se résume toujours à l’érudition plus ou moins exhaustive de celui qui la fait. «Ce que l’on fait, c’est sincère. On n’essaie pas de rentrer dans un créneau ou quoi que ce soit… c’est ce qui sort d’un mélange aussi éclectiques: un jazzman, je pense au contrebassiste; notre bangiste qui vient de la Saskatchewan, il jouait du bluegrass avec son grand-père; et moi, je viens de la musique expérimentale.Â
J’avais un band avant, on faisait des tounes de 20 minutes en utilisant des space echo à ruban, c’était un autre buzz totalement», me raconte Charles Lavoie, auteur-compositeur-interprète et force créatrice derrière les b.e.t.a.l.o.v.e.r.s. que complète Jessie Ens et Benoît Converset.
Bien que l’acronyme demeure toujours un mystère, il désigne toute fois très clairement l’une des belles découvertes à faire au festival Pop Montréal de cette année. «On a une instrumentation assez folk: contrebasse, banjo, lap steel, mandoline parfois, guitare semi-acoustique… Par contre, les structures sont ni folk, ni pop, mais plus progressives». L’aventure reste encore jeune pour ces b.e.t.a.l.o.v.e.r.s. Bien qu’en huit mois, ils ont bâti un répertoire d’environ douze chansons et planchent même sur un EP qui sortira quand il le pourra bien, leur musique explore davantage et d’abord toutes les expériences qui l’ont rendu possible.
«J’ai commencé très tard la musique, à 18 ans. J’ai toujours chanté pour le fun, pour moi, comme dans l’autobus, ce qui faisait chier le conducteur qui me collait des rapports!», raconte le résident de Sherbrooke en riant. «Sinon, j’ai commencé au cégep. J’avais un ami qui jouait de la guitare classique, ça m’a impressionné et je me suis mis à jouer.»
Après une année en musique, s’enchainent un groupe de rock instrumental, une tournée aux États-Unis en fanfare, quelques cours de sociologie et d’électro-acoustique, une collaboration avec un danseur puis d’une opportunité de direction musicale au théâtre vient l’écriture.
Dès les premières chansons, la musique parlait d’elle-même. Alors que Charles en joue une à l’extérieur du Cagibi, il se fait offrir la première partie de Random Recipe. Une première scène, avec ses premières compositions, seul, devant un Divan orange plein. Les bons commentaires pleuvent et l’encouragent à partir pour Marbleton, dans les cantons de l’Est, peaufiner les arrangements avec Jessie et Benoît de ce qui deviendra , un maxi de trois titres disponible en écoute sur le web.
Aujourd’hui, à la vieille du concert à Pop Montréal, les objectifs du groupe semblent incertains. Après tout, les choses sont arrivées d’elles-mêmes et se succèdent admirablement bien pour b.e.t.a.l.o.v.e.r.s. Pour Charles, l’essentiel c’est de jouer et de composer, et non pas de se lancer dans la fabrication de t-shirts et penser carrière. Rien ne presse lorsque la passion et le talent logent à la même adresse.
Avec Wovenhand et Sereena Maneesh samedi 2 octobre 21h30, au Il Motore pour Pop Montréal.
par Vincent Guimond / photos Rod Moraga






