SANS SACRER

Les mythes sont partout, ici et là, ou encore là-bas aussi. Que ce soit au cinéma (la refonte du classique Clash of the Titans 3Dissait récemment les écrans), dans les jeux vidéo (le troisième God of War est  sorti il y a peu de temps), dans les bandes dessinées (Mike Mignola en combat tout plein via Hellboy et son BPRD), et cetera. On ne s’en sort pas. Ils passeront à travers les âges alors que toi, pauvre mortel, hélas tu périras – tout comme moi.

Le duo derrière le projet multimédia Lost Myths l’a compris. Depuis avril à chaque jeudi, deux vieux amis publient sur leur site web un mythe inventé, mis en mots par l’un (Claude Lalumière) et illustré par l’autre (Rupert Bottenberg) ou vice-versa. Simultanée rencontre du premier et du deuxième type.

Le franco est un écrivain œuvrant depuis un bon bout de temps dans le fantastique et qui fut un moment chroniqueur pour The Gazette. En plus d’être un prolifique journaliste (Vice Magazine, l’hebdo Mirror, rédacteur pour Fantasia, correspondant pour CBC radio…), l’anglo du duo est un authentique artiste et bédéiste, fondateur du Montreal Comic Jam et du collectif En Masse. À eux deux, ils forment un passionné duo, l’un terminant les phrases de l’autre, que ce soit en français or in English. Ils adorent réécrire l’histoire, avec leurs légendes fantastiques faites de concentré, que ce soit via l’immensité de l’internet (chaque semaine), sur scène (à l’occasion) ou encore sur papier (éventuellement).

«Nous, on se connait depuis 1989», avoue Lalumière, «mais le déclic est arrivé il y a environ deux ans et demi, dans un vernissage des œuvres de Rupert (et de son frère); ce qui m’a frappé c’est qu’il exploitait en art visuel beaucoup des mêmes idées que moi-même j’explorais avec mon projet… Je comprenais d’où il puisait». Projet qui était alors embryonnaire, bien que Lalumière avait déjà collé un nom dessus, Lost Myths. Son plan était d’en faire une série de très courts mythes, à être publiés à intervalle régulier. Où? Ce n’était pas encore déterminé.

Ensuite, après en avoir vendu quelques-uns à des ouvrages spécialisées, on saute un an plus tard, lors d’un autre vernissage – celui d’un ami commun. À ce moment, Rupert n’avait pas produit beaucoup de bédé ces derniers temps (du moins, pas assez à son goût). «Je me sentais comme un athlète out of shape; j’ai alors demandé à Claude ‘as-tu une petite histoire sur laquelle je pourrais me pratiquer?’», se remémore en souriant le cinéphile mélomane qui a toujours dessiné. Ce dernier, pour décrire son compère, ajouta que «lui, contrairement à des artistes du genre prétentieux, il comprend qu’on peut trouver autant de stimulation intellectuelle, esthétique, artistique… tout ça, dans la bande dessinée, les pulp novels, les films trash…». Et Lalumière de résumer la suite des choses comme suit: «De mon côté, j’avais toujours Lost Myths en tête, et je voyais en Rupert la personne parfaite pour amener ce projet-là à un autre niveau». Tout simplement.

De la dizaine de textes que l’écrivain envoya au dessinateur, ce dernier choisit The Beginning of Time, qu’il qualifiait de «parfait comme point de départ… serendipitious». Comme si c’était écrit dans le ciel. Or, avant même la publication de leur premier mythe, il y eut le livre Object of Worship, l’une de leurs premières collaborations, survenue peu de temps après la parution de la première version du mythe What to Do With the Dead (dans le magazine Shimmer), une histoire aussi morbide que marrante, présentée en trois parties, qu’on retrouve maintenant sur leur site.

Cependant, d’où vient cette fascination exactement? Évidemment, comme beaucoup de gens, les Dieux égyptiens furent parmi les premiers à avoir fasciné nos deux faux-historiens. Bottenberg les a trouvé alors qu’il était adolescent en jouant aux Dungeons & Dragons, alors que pour Lalumière, c’était à 7 ans via le dictionnaire (son premier: Apis, le dieu taureau). Ce dernier explique sa démarche de façon légèrement cryptique pour le non initié: «Moi, ce que j’essaie de faire dans mes remaniements fictifs de mythes, c’est de trouver ces genres d’archétypes premiers, tout comme Rupert, et de les rendre intemporels», alors qu’ils s’amusent tous deux à jouer avec le temps, passant du primaire au plus moderne fort aisément.

Au menu de Lost Myths le site, on retrouve les fameux mythes et leurs visuels respectifs (des illustrations complémentaires ou sous forme de bédés), accompagnés à l’occasion de fichiers MP3 (musique ou narration). De temps à autre, Lost Myths prend également – et surtout – vie sous forme de performance, la plus récente était présentée à Fantasia. «C’est une combinaison de slide show et de lecture, avec une trame sonore», d’expliquer Lalumière avant que Rupert ajoute que «la présentation la plus pure de Lost Myths, c’est dans ce contexte-là; on parle de nouveaux médias… oui, on se sert du web, avec nos MP3… mais avec Lost Myths le show, on utilise les plus anciens médias qui existent, soit la tradition orale et les paintings», faisant références aux conteurs de feux de camps et aux premiers hommes peignant leurs exploits sur les murs des cavernes. Old school en maudit, comme on dit.

En ce qui concerne leur site DIY (basé sur WordPress), sachez que notre binôme possède en ce moment déjà au moins un an de mythes en banque, qu’ils fassent partie de séries définies, d’univers parallèles connexes, qu’ils s’inscrivent ou non parmi leurs thèmes de prédilection. Comme un métronome, chaque jeudi, un nouveau mythe. Pour ce qui est des performances, la prochaine durera une cinquantaine de minute, inclura des tous nouveaux mythes et sera présentée dans le cadre d’une convention de science-fiction.

Prochaine performance dans le cadre de la Convention de Science-Fiction Con*Cept, le 2 octobre, 19h, à l’Hôtel Espresso (anciennement Days Hotel; 1005 Guy)

par Kristof G. / illustrations fournies par Lost Myths