Je m’en doutais dès les premières mesures de Inches, l’excellente compilation de singles qui leur arrangeait le portrait de 1995 (année de leur formation) à 2004. Et après avoir jasé avec le guitariste Seth Jabour, je peux l’affirmer hors de tout doute: Les Savy Favs sont une bande de gars qu’on voudrait tous avoir dans nos vies, pour la musique et pour le pire. Ça tombe bien, ils passeront ici pour Pop.
«Ah ouais, Montréal! Écoute, je t’avoue que parmi tous les shows qu’on peut donner, c’est difficile de se souvenir de chacun, ils se mélangent dans une sorte de blur… Mais celui au Jupiter Room, ça, c’était quelque chose!», lance Seth tout frétillant.
L’explosif chanteur Tim Harrington suspendu au plafond de la petite salle crade sur fond de post-punk énergique aux petites heures du matin, ça devait en effet être quelque chose. C’était en 2005, et je me mords encore les doigts d’avoir manqué ça. «Moi aussi, je peux pas croire que ça fait si longtemps depuis notre dernier passage… En plus si je me souviens bien, le Jupiter Room, c’est juste en face de chez Schwartz’s, non? Meilleur smoked meat qu’on a jamais mangé. Ça nous manque.»
Ajoutez à cela l’affection que porte au Canadien de Montréal le bassiste Syd Butler, également fondateur de l’étiquette Frenchkiss (The Antlers, The Dodos, Local Natives, Passion Pit), et vous avez une bande de dudes faits pour se la couler douce aux abords de la Main. «Son équipe, c’est Washington, mais le Canadien est bon deuxième dans ses favoris.»
Pour ceux qui les connaîtraient moins (ou pas du tout), Les Savy Fav, c’est une gang de gars qui ont sorti la «guitare angulaire» de Gang of Four des boules à mites presque dix ans avant Bloc Party, le tout saupoudré de power chords à la Superchunk et d’allégeances post-hardcore à la Fugazi.
C’est une gang de gars dont le premier LP, 3/5, est paru emballé dans d’élégants casques de douche (et sur lequel paraissait le batteur Pat Mahoney, bien avant de se joindre à James Murphy dans LCD Soundsystem).
Deux albums plus tard (The Cat and the Cobra, 1999, et Go Forth, 2001), Les Fav lancent en 2004 ce fameux Inches, une ribambelle de tubes indie qui comporte aussi un double tranchant. «On a en effet eu une espèce de hiatus après Inches, parce que les dix années qui venaient de passer avaient été vouées à ce projet de compilation. Une fois que ç’a été fait, on a un peu perdu notre ligne directrice. Certains ont fondé des familles, ont mis plus d’énergie dans leur carrière, bref plus rien n’était comme avant», explique Seth.
En 2007, Les Savy Fav reviennent vers leurs fans éplorés avec une demande d’amitié: «Let’s Stay Friends a été très le plus exigeant de nos disques, mais c’est normal. Il fallait se remettre à l’écriture, reprendre le rythme.» C’est probablement le plus songé de leurs disques, en tout cas moins rentre-dedans et spontané que le tout nouveau Root for Ruin, paru il y a quelques semaines.
«Je préfère quand même la scène au studio», révèle Seth. «Le studio, c’est un environnement contrôlé, alors que sur scène, tout peut arriver.» Et comment. Qu’à regarder les accoutrements de Tim Harrington au fil des ans pour comprendre qu’il est futile de prévoir à quoi s’attendre vendredi. Enfin, une constante demeure: il sait faire usage du décor et termine plus souvent qu’autrement en sous-vêtements. Et la perfo est fixée à une heure du mat’. Ouille.
Le vendredi 1er octobre avec Holger et Pat Jordache au Little Burgundy Pop Loft, 6600 rue Hutchison.
par Evelyne Côté / vidéo pris au FunFunFun Fest d’Austin






