Paul Éluard a écrit qu’il y a un autre monde mais qu’il est dans celui-là. Je me suis rappelée cette phrase sibylline après avoir vu la pièce de Larry Tremblay, Abraham Lincoln va au théâtre qui est complètement fascinante et totalement irracontable.
Je ne vais donc pas essayer de vous la raconter. Sachez seulement que cela concerne Abraham Lincoln, le président des États-Unis assassiné en avril 1865 par John Wilkes Booth au théâtre Ford à Washington alors que Lincoln assistait à une pièce de théâtre. Mais cela concerne aussi Laurel et Hardy, ces deux comiques américains vedettes de cinéma pendant l’entre-deux guerres. Mais également la culture américaine, les rivalités professionnelles, le métier d’acteur et l’écriture théâtrale.
Si c’est irracontable c’est à cause des multiples mises en abyme: ne vous méprenez pas, le spectateur suit très bien les méandres labyrinthiques de l’histoire et j’ai éprouvé une intense jouissance intellectuelle à voir se dérouler devant moi cette histoire tordue mais ô combien fascinante. Il y a de ces textes qui font appel à l’intelligence, la pièce de Larry Tremblay est de ceux-là, c’est brillant, divertissant, profond et drôle. Et Abraham Lincoln va au théâtre est desservie par un superbe trio d’acteurs: Patrice Dubois, cabotin et vulnérable, Maxim Gaudette, qui use de son charme comme pas un et Benoit Gouin, inquiétant et magistral dans son interprétation d’un Abraham Lincoln de cire qui est aussi un metteur en scène mégalomane qui est aussi…
En somme, il faut voir cette pièce pour en apprécier toute la virtuosité et l’inventivité. La mise en scène de Claude Poissant, minimaliste et efficace, laisse toute la place au texte. Je suis sortie du théâtre complètement ravie et séduite, j’ai appris des choses mais, plus important, je me suis aussi posée des questions et c’est là une des fonctions de l’art: de nous amener plus loin en nous provoquant avec des interrogations qui demeurent parfois sans réponses.
Abraham Lincoln va au théâtre est présenté à l’Espace Go jusqu’au 25 septembre.
par MC5 / photos Suzanne O’Neill






