IDOLES EN IDYLLE

Y a-t-il quelque chose que Vanessa Paradis ne sait pas faire? Après une recherche de plusieurs heures, après avoir revu des extraits de ses films, après avoir réécouté son best of et regardé pour la millième fois son interprétation du Tourbillon de la Vie face à Jeanne Moreau, on en arrive à la conclusion que l’Oiseau (Chanel) de Paradis est un être complet. Même sa toute première apparition à l’Ecole des fans à l’âge de 7 ans ne prouve pas le contraire. Malgré une carrière marquée de pauses, Vanessa est sans doute l’un des personnages les plus charmants du cinéma français, l’idole d’une France qui l’observe depuis 23 ans grâce à Joe le Taxi.

D’une discrétion attachante entre les périodes de promotion, Vanessa Paradis est disparue derrière ses rôles. Elle ne joue pas, elle est. Même quand Vanessa sourit de son sourire timide, elle a l’air de porter cette mélancolie intemporelle que l’on retrouve chez Mathilde de Noce Blanche, Colette de Mon Ange et Adèle de La Fille sur le Pont. Cette folle envie de vivre sans savoir comment s’y prendre. Comme dans l’Arnacoeur, où elle incarne une Juliette qui se trompe de Roméo et persiste dans son erreur tout en sentant qu’elle devrait changer d’avis.

L’un de ses prétendants a les traits de Romain Duris, coqueluche mâle du cinéma français, et bien sûr, c’est celui dont elle ne veut pas. Je vous l’accorde, ne pas succomber au charme de Romain Duris, c’est louche. D’ailleurs, la filmographie de Romain Duris est pleine de charme (et de Cédric Klapisch). Romain Duris semble être fait pour jouer les jeunes hommes qui retrouvent goût à la vie en rencontrant l’amour. Duris l’acteur connaît en général deux sentiments: la tristesse et la joie, explorant parfois les extrêmes des larmes et du bonheur.

Dans sa filmographie de beau gosse, De battre mon coeur s’est arrêté lui a donné l’occasion de montrer une autre facette de son talent. C’est donc grâce à Jacques Audiard que Romain Duris est devenu un acteur profond, montrant sa capacité à jouer des rôles multicouches d’hommes tourmentés, écrasés par leur propre vie. Dommage que la sortie la même année des Poupées Russes ait remis Duris dans sa position d’acteur cherchant l’amour chez Cédric Klapisch. L’Arnacoeur est pour le comédien un petit pas en avant. Oui, il cherche l’amour… mais. Mais il le cherche dans une comédie romantique «à l’américaine», où pointe son nez un talent comique de répétition, et surtout, où Duris goûte à l’art de la cascade réalisée soi-même, tel un 007 de l’amour.

Pascal Chaumeil laisse dans ce premier film aussi la part belle aux seconds rôles. S’il prouve que toute bonne comédie française a son Belge simple d’esprit, il a bonne idée de faire jouer François Damiens, qui, après avoir enchaîné les petits rôles oubliés (OSS 117: Le Caire nid d’espion, JCVD, Le Petit Nicolas, qui se souvient de François Damiens?), a droit à un joli rôle plein de tendresse. Julie Ferrier, mariée à Damiens à l’écran, saisit avec brio l’occasion de se faire remarquer après l’originalité de la Môme Caoutchouc dans Micmacs à Tire-Larigot. Le grand perdant de ce casting, c’est Andrew Lincoln, qui est maintenant sans doute condamné à jouer des rôles romantiques.

L’Arnacoeur, c’est au final une très bonne occasion de voir Vanessa Paradis fidèle à elle-même, Romain Duris dans un registre un peu différent de son habitude, et autour d’eux, une petite galaxie de seconds rôles attachants.

par Andrea Goulet