Il aura fait tous les temps ce week-end, sous le soleil de Rouyn tour à tour dévoilé et caché par une météo extrémiste. Et dans le spectre musical, on a pu toucher à autant d’atmosphères lors de la huitième édition du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue.
JEUDI
Jeudi, coup de départ avec le traditionnel méchoui de bienvenue, doublé du lancement du deuxième disque de la folkeuse locale Chantal Archambault accompagnée de Dany Placard. Super convivial comme d’hab’, gâteau aux carottes, houblon et sourires en prime. À deux coins de rues de là se tenait ensuite le concert d’ouverture extérieur pour le prix dérisoire de 2 dollars pour les étudiants, une aubaine.
Ariel a donné un solide coup d’envoi à l’affaire, suivi de l’ajout à pied levé d’un chantre français aux allures punk avant de passer au punk lyrique de La Descente du coude.
Le public était jusque-là un peu dissipé, mais pour les bonnes raisons: le FME, c’est aussi le lieu de rencontre de certains expatriés qui, le temps d’une-deux-trois Boréales, raccomodent le temps passé loin de leur ville. Et puis on doit dire que, par rapport à l’année passé, la qualité du son et l’aménagement de l’espace autour de la scène avaient monté d’un gros cran.
Pendant que la formation française Gablé séduisait les amateurs de folk atmosphérique du côté de l’Agora des arts (une église qui avait un peu servi l’an passé pour les concerts afterhours d’Ariane Moffatt et d’Afrodizz notamment), les Vulgaires Machins ont droppé leurs petites bombes punk saupoudrées de disto sur la foule de plus en plus réceptive. Pour être bien francs, on les a trouvé un brin fendants (eux = Guillaume, le chanteur-guitariste), entre autres à cause d’interventions douteuses sur Damien Robitaille qui ne rimaient à rien. Mais la musique était bien rentre-dedans, leur sélection de tounes irréprochable (pas mal de nouveau stock pimenté de vieux classiques). Et puis on a pu retrouver le bon vieux Damien en pleine forme avec Pascale Picard qui suivait mais, surtout, le lendemain au Bar des chums pour un show secret avec les Frères Rivaux (dont fait aussi partie Sunny Duval).
Pour pouvez d’ailleurs suivre ses aventures sur le blogue du FME, La bouche croche. Go Damien.
On a bien essayé d’attraper un peu des Besnard Lakes qui clouaient la soirée à l’Agora, mais on a pu qu’apprécier leurs dernières notes. Apparence qu’ils auraient eu des problèmes de son récurrents… Mais l’ovation debout à notre arrivée a semblé poser un baume sur leurs problèmes techniques, auxquels ils sont du reste habitués (le pétage de plombs, ils connaissent; un concert à la Casa il y a quelques années leur avait réservé le même sort, et d’autres encore). Bref, c’est pas parce qu’ils sonnent doux qu’ils ne tirent pas de jus.
Puis, fin de soirée diffuse au Cabaret de la dernière chance, avec Les Revenants locaux.
VENDREDI
Quelle soirée!! Super lineup qui s’est échelonné jusqu’aux petites heures et débutait lors des 5 à 7 (cinq en tout!). On a attrapé Dominique Pétrin en fin d’après-midi à l’Écart pour discuter de son expo de peinture, sérigraphie et papier mâché Bermuda Triangulis, qui servait de décor à sa performance sonore faisant suite à celle, sous hypnose, commise à Mutek en juin passé. Assurément le choix le plus déconcertant parmi les Emilie Clepper, Salomé Leclerc, This Is the Hello Monster et Alex Nevsky. On a ultimement opté pour ce dernier question de vérifier tout le battage médiatique qui entoure la sortie de son premier album De lune à l’aube. Vérification faite: ce gars-là a fait ses classes à Granby, mais aussi sur scène, qu’il habite avec assurance et charme. Le band est à son image, joli et dans la fleur de l’âge, et sait jouer avec les ritournelles romantico-pop comme les envolées plus rock. Pour un flirt…
Puis, 20h a sonné le début de la course. Vers les Peelies d’abord, qui ne manquent pas de personnalité, ça non, mais qui, à cause de certaines limitations techniques, deviennent un brin monocordes après quatre-cinq tounes. Quand même bien agréable comme point de départ, mais c’est Jesuslesfilles, en prenant le relais, qui nous en a envoyé plein la face.
Le lancement à Montréal se tient le 17 septembre au Divan orange, manquez pas ça.
Puis, ç’a été l’événement Gigi French. L’ex Hot Springs s’est faite rare cet été, annulant des perfos à L’Autre Saint-Jean et aux Francos; il s’agissait donc d’une occasion attendue de la voir enfin. Son band, formé de musiciens vétérans dont Danny Marks des Sexareenos, avait été formé à distance, ne bénéficiant que de deux pratiques par internet (on ne comprend pas trop comment ça peut fonctionner – Skype? Webcam?). Bref, ç’aurait pu sonner discordant ou faux tout ça, mais malgré une Gigi French elle-même dissipée entre les tounes, la performance nous a rivés à notre siège. Usant de sa voix de face très anti-cabaresque, la jolie Giselle parvient à acérer le feutré qu’on attend généralement d’un tour de chant tout en jouant avec les clichés. Conçue pour lui, mais assez forte pour elles.
Encore sous son anti-charme, on a sagement attendu Howe Gelb dans l’une des premières rangées. Notre patience a été récompensée: l’ex Giant Sand, parti au piano, a alterné avec sa guitare de vieilles et moins vieilles chansons parmi sa discographie d’une quarantaine de disques, envoûtant la totalité de la salle avec son timbre de Leonard Cohen venu d’Arizona.
Simple et profond.
Au Cab’ à minuit, nul autre que Fred Fortin prenait la scène d’assaut avec Olivier Langevin. Leur set était proche de la sélection qu’ils avaient jouée à L’Autre Saint-Jean, justement, mais dans un contexte intimiste, avait une toute autre résonnance. Solos épiques de Langevin, basse ferme et inventive de Fortin, un peu de Gros Mené, pas mal de Plastrer la lune, tout s’imbriquait parfaitement dans une apothéose de blues roots Queb’ à 100%.
SAMEDI
Le ciel a mal servi l’événement des Piknic qui a quand même eu lieu à la Presqu’île du lac Osisko, et où les NROTB et Lunice présidaient en fin d’après-midi. Puis, les 5 à 7 se sont encore déchaînés en ville: Bernard Adamus, La Patère rose, Sébastien Greffard, Damien Robitaille et Le Carabine, un band local, chauffaient les planches.
À 20h, le punk-grunge et le folk orchestral se sont livrés une bataille sans merci (pas vraiment): les Melvins couronnaient le Petit Théâtre alors que Karkwa investissait l’Agora.
C’est Trung Hoa qui se chargeait d’ouvrir pour les Melvins, gagnant la faveur de la foule grâce à un rock empruntant au métal comme au punk, gracieuseté d’ex membres de Bionic (les deux guitaristes, foudroyants) de C’Mon (Randy, ancien batteur déchaîné ici à la basse) et des Psychoriders (Alex Brassard, en remplacement de Kevin des Besnard Lakes qui n’avait pas pu se permettre de quitter Rouyn pour Montréal à la première heure vendredi matin pour ouvrir le soir-même au Club Soda, et ensuite revenir à Rouyn pour suivre Trung Hoa…).
Les Melvins sont apparus au son d’un air militaire pour ensuite déclarer la guerre au silence par voie de distorsion et de deux batteurs en communion complète l’un avec l’autre. La lourdeur était constante, les tounes, impec.
On est quand même allés voir du côté de Karkwa en bout de piste pour attraper quelques note de «Marie tu pleures» et de la pièce-titre de Les chemins de verre. Changement de registre qui nous a préparé aux Sadies, pas arrêtables. Trois rappels, après lesquels le chanteur nous a lancé un «Guys, we could play ten more!». On le croit sur parole. On a même pu passer voir le dance-punk quelque peu assagi de Parlovr rapido presto au Cabaret et ensuite revenir, qu’ils jouaient encore. Increvables. D’ailleurs ils ont remis ça le lendemain au dépanneur Windsor, voisin du Bar des chums.
Ce qu’on a dû manquer? La nuit électro avec Pompe tes pipes et Misteur Valaire, où la bière en rupture de stock déjà à 2h se renflouait sous les applaudissements de la foule; Richard Desjardins dans un mosh pit; et Pierre Lapointe avec Fanny Bloom de La Patère rose qui karaokent «Illégal» de Marjo le dimanche soir à La Forteresse. Ce qui se passe à Rouyn reste à Rouyn. À l’année prochaine!
par Evelyne Côté / photos, les talentueux Cyclopes






