FIL: SUIVRE LE GUIDE

Au fil d’une parole multiforme, choquante, émouvante et qui a le grand mérite de provoquer le violent désir des mots (même chez les plus lointains amants de la chose littéraire), la seizième édition du Festival international de la littérature se déroulera du 17 au 26 septembre 2010.

Parmi une vingtaine d’événements, cabarets, collages, spectacles et autres lectures, voici cinq pavés lancés dans la marre trop souvent lisse du paysage littéraire.

Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent
en ouverture les 17 et 18 septembre, à la Cinquième salle de la PDA (photo de la Une)

Du haut de ses quatre ans d’existence, voici le rappel d’un banquet poétique déjà classique. Dans le cadre (défoncé) de cet O.L.N.I. (objet littéraire non identifié), on se garroche des phrases qui s’éparpillent et qui s’accordent dans une festive dysphonie des genres et des tons. Loui Mauffette (le fils de l’autre) signe la direction artistique d’un festin de vers renouvelé où comédiens, danseurs, chanteurs et musiciens se désâment à force d’incarner toute la force et la splendeur du verbe quand il est porté à hauteur de poème. Prendre  son pied avec un livre de poésie à la main possible… à condition de dénouer le foulard au cou.

Premier amour de Beckett
du 22 au 25 septembre à l’Usine C

Beckett à L’Usine C, mis en scène et interprété par l’homme de théâtre Sami Frey: on sait déjà qu’on aura affaire du grand art. Seul sur scène, Frey incarne Premier amour, une nouvelle décapante écrite en 1945, directement en français. Ici, le Beckett défricheur d’absolu, celui à qui l’on prêterait volontiers le titre du père de l’humour noir, propose une traversée de l’amour via les souvenirs de son narrateur. Très accessible et magnifiquement écrit, le texte est fait de la chair de l’amour humain: entre le sexe et la mort, le doute et la certitude, le spectre de la mémoire amoureuse s’ouvre et nous apprend à rire de ce que l’on croyait connaître…

Liberté de parole
le 23 septembre au Lion d’or

La revue Liberté a 50 ans: les Gaston Miron, Marie Uguay, Jacques Brault, Hubert Aquin, Jacques Brault, et d’autres grands esprits libres du Québec y ont écrit des choses saccageuses, insolentes et effrontément poétiques.  Parce que la rectitude actuelle assèche la vraie liberté à coup de langues de bois et nous enferme dans des cages de phrases toute faites, parce que hier risque d’être demain, il faut lire et relire à voix (très) haute ceux et celles qui ont propagé les idées dangereusement avant-gardistes. Mis en scène par Brigitte Haentjens, le cabaret littéraire offert par Alexis Martin, Sébastien Ricard, Ève Pressault, Évelyne de la Chenelière, Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid promet de bombarder les bien-pensants à petits coups d’arrogances bien assenés.

Lettres recommandées
le 20 septembre à la Cinquième salle

Sur scène, ce sont des extraits des lettres publiées en 2009 sous: Mais que lit Stephan Harper? Suggestions de lectures à un Premier ministre et aux lecteurs de toutes espèces et lues par une bande de comédiens, dont Macha Limonchik et Alexandre Goyette. Dans la vie, c’est le pied de nez d’un gentleman nommé Yann Martel au Très Honorable Harper (grattement de gorge). Et pour ceux qui ne  connaissent pas l’origine de cette correspondance qui passera à  l’histoire: depuis 2007, le Booker Prize s’adresse à notre illettré de PM et lui envoie deux fois par mois, l’un des livres de la littérature mondiale. Fait sans prétentions ni insultes, l’exercice pédagogique (et sa répétition) rappelle l’urgence de cultiver (ou d’initier) le plaisir de la lecture: seul rempart de la bibliothèque de Babel contre les flammes de l’ignorance.

Sébastien Ricard lit Lettres à un jeune poète de Rilke (le 26 septembre)
et Gabriel Arcand lit Le liseur de Bernard Schlink (le 22 septembre)
dans le cadre des lectures publiques du FIL

La littérature n’a pas tant besoin des feux d’artifice du show-business que de porte-parole qui la défendent. Armés de passion, ces deux liseurs respirent la tragique beauté des chef-d’œuvres. Pendant leurs lectures publiques, l’intimité universelle qui palpite au creux des livres se déploiera assurément pour créer ce lieu commun – mais rare du sacré. Prière de ne pas rater Gabriel Arcan qui, dans le cadre de La saison allemande, lit son montage du roman Le liseur de Bernhard Schlink (1995) et aussi, Sébastien Ricard avec sa lecture du grand Rilke: «Dans toute situation réelle, on est plus proche de l’art, plus voisin de lui que dans les irréelles professions semi-artistiques qui, en faisant croire qu’elles touchent à l’art de près, en nient pratiquement l’existence et l’agrément, comme fait par exemple le journalisme tout entier et presque toute la critique et les trois quart de ce que l’on nomme littérature et qui veut être nommé ainsi. Je me réjouis, en un mot, de voir que vous avez évité de tomber dans ces pièges et que vous restez vaillant et solitaire au milieu d’une dure réalité.»

par Marie-Eve Sabourin-Paquette / photos gracieuseté du FIL