FFM: CHEMINS DE LA MÉMOIRE

Un frisson parcourt la nuque alors que des Espagnols nostalgiques de tous âges, même des étudiants, même le clergé, célèbrent la mort du Grand Franco à coups de «l’Espagne aux Espagnols» et de néo-nazisme. Émotions, souvenirs. La plus belle période de leur vie, disent-ils, alors que des lycéens étudient Guernica au musée de la Reine Sofia.

En 1936 commence en Espagne une guerre civile. D’un côté, les Républicains espagnols et les Brigades internationales, soit les Rouges. De l’autre, les Nationalistes et leurs alliés Nazis et Fascistes.

Le 1er avril 1939, comme une mauvaise blague, ce sont les Nationalistes qui l’emportent, donnant le pouvoir au Général Franciso Franco y Bahamonde, resté dans l’Histoire sous le mignon diminutif «Franco», aussi appelé el Caudillo, ce qui se traduit aisément par Il Duce ou encore der Führer. Charmant avenir qui se profile pour l’Espagne et son peuple.

Le film ne retrace pas cette époque. Alors que le gouvernement espagnol a ouvert les archives de quarante années d’enfer, José Luis Peñafuerte mène une enquête beaucoup plus importante: Que reste-t-il, dans la mémoire collective des Espagnols, de trois ans de guerre civile et trente-cinq ans de dictature?

Que reste-il de ces résistants, torturés en prison? Que reste-il aux familles dépossédées, qui ont vécu toute leur vie en face de leur propre maison, côtoyant leurs bourreaux dans des villages transformés en ghettos?
Où sont ces jeunes qui ont émigrés vers des pays plus libres sans jamais oublier que leur coeur est en Espagne? Où sont ces enfants nés en rétention et enlevés à leur famille par crainte qu’ils ne soient atteints du gène du communisme? Combien trouvera-t-on encore de fosses communes remplies de squelettes attendant une inhumation digne d’un être humain? Et qui aura le courage d’identifier les corps?

Le film mérite une suite, plus positive, plus folle, plus concentrée sur le vent de liberté qui a soufflé sur Espagne pendant les années 80, la Movida, Almodóvar, Luz Casal, Victoria Abril, Agatha Ruiz de la Prada, Ouka Leele.

Ce n’est pas un documentaire, c’est un document. Un document sur les souvenirs d’une époque taboue, douloureuse. Un document sur une plaie réouverte. Un document qui n’a qu’une seule certitude, c’est que personne ne gagne une guerre fratricide, même si les Brigades Internationales, venues des quatre coins de l’Europe soutenir les Républicains par pure conviction, ont fait de ce conflit la dernière guerre romantique.

par Andréa Goulet