ENVOL SU’L MACADAM

14h. Il ne se passait pas encore grand-chose à l’ombre du viaduc de l’Îlot fleuri de Saint-Roch, pour la 15e édition du festival Envol et Macadam. Si je suis arrivé si tôt, ce n’était que dans le but de voir la prestation annoncée de Baptized in Blood, nouveaux poulains canadiens de Roadrunner, apercus à la fin juillet au Heavy MTL. Pas de bol, le groupe ne s’est finalement pas pointé, manquant ainsi la chance de se produire devant les trente personnes qui se sont montrées sur le site en ce début d’après-midi.

Où étaient-ils passés? Je le saurais un peu plus tard… Bref, c’est finalement Straight Line Stitch, groupe originaire du Tennessee, qui a cassé la glace en cette troisième journée du festival. On est resté pour le début de leur performance, mais la trop classique formule «je-te-hurle-le-couplet-et-te-chante-une-mélodie-bien-pop-au-refrain» utilisée par la chanteuse Alexis Brown eût tôt fait de refroidir mon entrain. Allez, je me casse pour mieux revenir plus tard!

15h15

Rendu au parc de l’Université du Québec, le rappeur KOF, originaire de l’Angleterre flirtait avec son beat box et ses rhymes devant les quelques curieux amassés devant lui. Il s’est toutefois fait voler la vedette par un chien qui se lançait dans la fontaine et un gamin qui lançait des cennes noires dans ce même point d’eau. Je me suis donc enfui de la basse-ville en me rappelant pourquoi je suis un oiseau de nuit.

19h45

Le temps passe vite quand on est touriste mais qu’on connaît beaucoup de gens dans la ville visitée… C’est la seule raison qui explique le pourquoi de mon absence au show de Strung Out, que j’aurais bien aimé voir. Malgré mon retard de cinq albums, j’avais vraiment trippé sur Another Day in Paradise et Suburban Teenage Wasteland Blues, à l’époque où NOFX était mon band fétiche.

Semble-t-il que c’était très bon selon ceux qui m’entouraient alors qu’Hatebreed se faisait attendre avec impatience par des fans énervés. Et pour cause, le groupe n’a même pas le temps de jouer une note que le centre de la foule se libère pour laisser de la place aux amateurs de hardcore slam, cette charmante danse qui est réussie si quelqu’un saigne du nez à la fin de la première chanson. Il n’y a pas trop d’adeptes, mais quelqu’un partira quand même en civière avant la fin de la prestation.

Puisque je suis aussi curieux avec le métal que Christian Bégin avec les aliments bio, je m’étais acheté un album de Hatebreed au début des années 2000. Je ne l’ai écouté que jusqu’à ce que je lise les paroles du groupe, un peu trop à droite et patriotique à mon goût. En fait, Hatebreed, c’est comme une cassette d’auto-motivation qui t’explique à grands coups de cris que personne n’a le droit de te marcher sur les pieds et que tu peux péter la yeule des caves qui ne sont pas d’accord avec toi ou qui manifestent leur désaccord envers la guerre et les vaillants soldats qui protègent les Etats-Unis. Bref, pour eux, la vengeance est un plat qui se mange froid, chaud, tiède, matin, midi, soir. Par contre, ça a le mérite de défouler et c’est bien joué, même si c’est redondant un peu beaucoup.

Fait cocasse: pendant le show, le chanteur Jamey Jasta s’est écrié: «On est bien content d’ouvrir pour nos amis de Mastodon! Je me fous de la quantité de drogue que vous prenez, vous n’en prenez pas plus que les gars de ce band-là. C’est juste impossible!». Là-dessus, il a en tout cas probablement raison. Enfin, lorsque le groupe est sorti de scène, au moins deux cents personnes ont également quitté le site, faisant plus de place aux fans du groupe d’Atlanta.

21h25

Je sais que j’en parle beaucoup et souvent, mais un fait demeure: pour moi, Mastodon est un cadeau, une récompense pour avoir écouté du heavy pendant toutes ces années, la coiffe de la pyramide composée de mes groupes favoris. C’est simple, je pourrais aller voir ce groupe-là jouer à tous les jours. Les voilà qui débarquent à Envol et Macadam, premier show qu’ils font depuis le show de Montréal, à la fin juillet. Le Québec a été gâté cette année, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est que Bill Kelliher, un des deux guitaristes, a dû entretemps guérir une pancréatite aigüe, probablement causée par l’abus de Perrier (yeah right!).

Pour faire une histoire courte, les quatre gars sont embarqués sur scène en enchaînant «Oblivion» et «Divinations», deux premières pièces de leur dernier album Crack the Skye. J’ai eu un peu peur de me faire resservir l’album intégral puisque j’ai déjà vu le show de la tournée au cours de laquelle ils le jouaient sans interruption. Je l’aime beaucoup, ce dernier disque, mais ils ont tellement de bonnes chansons que la formule greatest hits leur va beaucoup mieux et c’est exactement ce à quoi nous avons eu droit.

La foule clairsemée mais enthousiaste a semblé apprécier, je peux pour ma part affirmer que c’était le meilleur show de Mastodon au Québec depuis un bon moment. Sono trop mauvaise au Heavy MTL de 2008, set trop Crack the Skye au National en 2009 et temps de scène trop court au Heavy MTL de 2010. Au Envol et Macadam, c’était juste parfait et dans ce décor de viaducs plein de graffitis, l’ambiance était vraiment propice au headbanging et à l’enfilade de bières. Un super moment en leur compagnie qui sera probablement le dernier avant un bon bout de temps puisque leur tournée automnale, Black Diamond Skye, avec Deftones et Alice in Chains, ne passera pas au Québec et qu’ensuite ils s’enfermeront pour enregistrer le prochain chapitre de leur excellente discographie. Après «March of the Fire Ants» et «Blood and Thunder» livrées en fin de spectacle, je suis parti au Scanner avec des amis pour attraper les dernières tounes de Final Flash.

23h30 et +

Chaque fois qu’un événement culturel d’envergure a lieu à Québec, il est impossible de ne pas finir la nuit au Scanner. À mon avis, c’est la place à party de la ville, d’où on ressort en sentant inévitablement la robine, parce que des gens survoltés ou trop paquetés nous ont renversé de la bière dessus. C’est entre une accolade croche de gens amochés, une proposition pas mal douteuse faite à une amie et son mari et des gens qui dansent que j’ai aperçu Nick Bertelsen et les autres gars de Baptized in Blood, arrivés trop tard pour jouer en raison de problèmes de van. «Au moins… hic… on aura pas raté le party, dude!». Ça, c’est sûr que non!

par Charles Laplante