Dans la vie, il y a des collaborations plus heureuses que d’autres. D’un côté du spectre, on a David Bowie et Iggy Pop, le samedi et le dimanche, les huîtres et le champagne… De l’autre, on a David Bowie et Mick Jagger, le lundi et le matin, et tout ce qui implique la tarte à Katy Perry.
Puis, il y a les combos inattendus. Jean-Luc Della Montagna, un producteur et vidéaste montréalais d’une trentaine d’années, a pour le moins été surpris lorsqu’il a été convié sur un set rassemblant David Lynch et Danger Mouse. C’était il y a plus de deux ans, pour le disque collaboratif que DM fomentait avec Sparklehorse, Dark Night of the Soul, et qui allait rassembler des invités de la trempe de Frank Black, Julian Casablancas et Iggy Pop (justement). Le disque est finalement paru à 5000 exemplaires vierges (en guise de pied-de-nez à une maison de disques récalcitrante) dans de magnifiques recueils de photos signées Lynch.
La musique a depuis été relâchée dans les voies très pénétrables du web, et Jean-Luc ainsi que le réalisateur Louis-Philippe Eno (un autre duo redoutable, derrière le clip Montréal -40 de Malajube notamment) ont pu terminer leur boulot.
Le résultat, une installation vidéo dérivée des shootings photo de Lynch et nappée des pièces de l’album, pourra être vue à partir de jeudi à Pop Montréal.
Récapitulons: un beau matin Danger Mouse entre en contact avec vous, vous invite sur les lieux d’un shooting photo dirigé par David Lynch aux States afin de filmer des vignettes, tout ça en relation avec l’album musical illustré Dark Night of the Soul créé avec Sparklehorse. C’est bien ça?
Jean-Luc: Oui!! J’ai produit le clip interactif de Neon Bible d’Arcade Fire réalisé par Vincent Morisset. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner… Interscope Records m’ont appelé pour me parler d’Eminem. C’était weird.
En ouvrant vos courriels ce matin-là, vous a) riez aux éclats et poppez le champagne, b) avez des sueurs froides, ou c) attendez de voir ce qui en retournera, dubitatifs?
B. Ils croyaient que j’étais un spécialiste du web alors que c’est Vincent, le spécialiste.
Arrivés sur les lieux, que se passe-t-il? À regarder les images sépulcrales de Lynch, ça doit pas être facile, filmer dans l’obscurité en Super 8?
Je suis parti avec Eno et une caméra Super 8, et on a acheté du film à L.A. Arrivés sur le tournage, personne n’était au courant de notre présence, même Lynch! On ne savait rien sur rien… Lynch n’éclairait pas les plateaux, il utilisait des flashs. On avait donc pas de lumière. On a acheté une lampe de jardin à la quincaillerie, je la tenais pendant qu’Eno filmait. Ça ne pouvait pas être plus minimaliste que ça.
David Lynch, il est a) grand, b) assez dark au niveau de l’âme, justement ou c) un vrai boute-en-train? Et Danger Mouse, lui?
Toutes ces réponses. Danger Mouse est super cool, très gentil. Il a une très belle vision et est toujours à la recherche de nouvelles façons de promouvoir la musique. Lynch est assez drôle comme gars, il parle exactement comme dans Twin Peaks. J’étais un peu starstruck. Le plateau arrête tout les jours pendant deux heures pour qu’il puisse méditer en silence.
Lorsque vous revenez à Montréal les valises pleines d’images, quel est votre plan?
On attend les instructions sur ce qu’on va faire avec ça le temps qu’il règle un petit conflit avec sa maison de disque. Un an et demi plus tard, on a eu des nouvelles!
En gros, à quoi peut-on s’attendre de votre installation Dark Night of the Soul, présentée dans le cadre de Pop Montréal?
Une petite installation dans un beau lieu, rien de technologique, sans prétention. On aime le festival et on s’est dit pourquoi pas faire un truc, pour prolonger la vie de ces images. Avec Internet tout est tellement éphémère. Si vous passez par là, arrêtez voir.
Dark Night of the Soul, du 30 septembre au 3 octobre au TRUSST CLUB, 6341 St-Laurent.
par Evelyne Côté / plus de vidéos ici






