CHIMÈRES ET MASCARADE

Et bien c’est finalement arrivé: j’ai assisté à une représentation de Facebook théâtral.

Je suivais un cours d’Histoire de l’art sur l’art contemporain il y a quelques années et le professeur nous disait que cela allait nous aider à comprendre les enjeux de l’expressionnisme abstrait et surtout du discours (complètement abscons soit dit en passant) qui l’accompagne. J’ai certainement compris davantage, ça ne m’a pas fait aimer plus cette forme d’art qui me semble toujours une extraordinaire fumisterie mais je me disais que ce n’était pas normal qu’on doive suive un cours universitaire pour être en mesure de parler de taches de peinture qui ont été garrochées sur une toile.

Même chose pour Rêves, chimères et mascarade. Je suis arrivée à la représentation sans idée préconçue, sans rien savoir de ce qui allait se passer, prête à me laisser séduire. Après une bonne demi-heure j’ai fini par comprendre que le spectacle voulait parler de la génération des 20 ans, que je connais fort bien par ailleurs, de leurs préoccupations, de leurs rêves, de leurs inquiétudes. Dans un série de vignettes sans liens apparents on traite donc du désengagement et du dégoût face à la politique, des relations entre les êtres (et avec les chiens), de la sexualité, de l’identité sexuelle, de l’environnement, du matérialisme, de la spiritualité (ou de son absence), de Passe-Partout, etc.

Le problème? Il n’y a aucune cohérence, la pièce est un innommable fourre-tout où le texte (quand il y en a, car de longs passages sont accompagnés d’onomatopées, de cris rauques, de musique ou de silences) nous fait cruellement ressentir le narcissisme de cette génération qui ne fait appel à aucune référence, qui ne semble avoir aucun repère, pour qui le monde est né en même temps qu’elle.

Comme pour l’expressionisme abstrait avec les toiles, ce sont des mots, des gestes, des situations garrochés sur une scène. Après la pièce, j’ai lu le cahier de presse où les auteurs, Réal Bossé, Pascal Contamine et Christian Leblanc, expliquent chaque scène. Je crois profondément qu’on devrait être en mesure de comprendre un spectacle et de quoi il s’agit sans avoir à recourir à de longues explications. J’étais accompagnée ce soir-là d’une jeune amie de 21 ans. Elle n’a rien pigé non plus.

Un mot sur les acteurs cependant: ils donnent tout ce qu’ils ont et le spectacle, étant extrêmement physique, se révèle terriblement exigeant pour eux. Et je pense qu’ils ont du talent. J’aimerais les voir dans autre chose.

Il y en a qui pensent que le fait de boire un verre de jus doit se retrouver immédiatement sur les réseaux sociaux et que cela constitue un fait de la plus haute importance. Ce narcissisme institutionnalisé est devenu la norme maintenant pour les jeunes gens de notre époque. Mais j’espère sincèrement que l’avenir du théâtre ne réside pas dans cette montée en épingle de pensées fugaces et sans intérêt.

Rêves, chimères et mascarade est présenté par le Théâtre Omnibus à l’Espace Libre jusqu’au 16 octobre.

par MC5 / photos Yannick McDonald