BLEU ORANGE

La nouvelle exposition d’art contemporain La terre est bleue comme une orange (qui emprunte son titre au fameux poème de Paul Éluard) prenait d’assaut le Musée des beaux-arts de Montréal cette semaine. Je me suis donc rendu au troisième sous-sol de la sainte mère des musées montréalais pour voir le corpus d’une trentaine d’œuvres sélectionnées pour cette seconde exposition depuis les rénovations de l’aile contemporaine du MBAM.

Après avoir mis de l’avant des créations engagées dans Échauffement planétaire: un monde sous tension, c’est le surréalisme qui est à l’honneur dans cette nouvelle exposition qui restera en sol beaux-artien jusqu’en mars 2011.

Pour l’occasion, le MBAM a rassemblé les œuvres de 25 créateurs de partout dans le monde dont plusieurs canadiens qui semblent tous réunis par ce désir de choquer et de surprendre le spectateur. Ça sent la lucidité à plein nez et l’on s’en fait mettre plein les yeux. De la vidéo à la photo, de la peinture à la sculpture, de la maquette à la mise en place, on va même jusqu’à peindre et sculpter l’invisible.

Première impression: le surréalisme est véritablement un art de «p’tits criss». C’est un style moqueur et énigmatique, qui vous laisse trouver la clé de ses oeuvres en expirant un mot d’église, sourire en coin. Un style qui joue avec toutes les techniques, tous les supports et toutes les facettes de la création pour déconstruire et reconstruire une réalité en y glissant au passage un message souvent grinçant et critique.

Le frappant est définitivement la tendance commune à toutes les créations présentées. Alors qu’une énorme maquette de l’artiste Québécoise Karine Giboulo vaut le détour à elle seule, les deux œuvres étranges et oh combien phalliques du Japonais Tetsumi Kudo laissent sans voix.

Le corpus est concis, diversifié et pertinent. Il représente l’art du présent et l’on se déplace dans cette salle en trempant dans des créations qui sont nées des mêmes influences et des mêmes préoccupations que nous. C’est la contribution de notre époque à l’histoire de l’art. Il y a donc une belle proximité avec les sujets abordés, que ce soit l’avenir, l’informatisation ou l’impact des nouvelles technologies.

Non, l’expo n’est pas la plus jet set de la programmation du musée, mais cela n’enlève absolument rien à sa pertinence. La terre est bleue comme une orange se visite entre 30 minutes et une heure et vaut définitivement la peine de s’y arrêter. C’est un constat de ce qui nous relie tous, notre époque, sous la loupe d’un surréalisme conscient, lucide et grinçant. Jusqu’au 27 mars 2011.

par Félix Brooklyn / photos, gracieuseté du MBAM

*Seul bémol, la nouvelle galerie consacrée à l’art contemporain, bien que récemment rénovée par le MBAM, demeure très peu accueillante. L’espace est en fait une zone de transition entre les deux ailes du musée. À moins que ce ne soit tout un concept, on repassera pour l’ambiance.