Ce qui est vraiment chouette, lorsqu’on va voir un groupe aussi prolifique que Eels en spectacle pour la première fois, c’est qu’on ne sait absolument pas à quoi s’attendre. Ainsi, toute la journée de mardi, j’alternais entre rock bruyant et folk mélancolique en me baladant parmi les dédales de l’imposante discographie de Mark Oliver Everett (alias E) et ses multiples collaborateurs. Difficile de prévoir à quoi les fans allaient avoir droit.
Peu importait, au fond, puisque le simple fait de me retrouver en la présence de cet auteur compositeur interprète aussi unique que barbu était suffisant pour justifier mon entrain et mon impatience.
Quand le velu personnage est apparu seul avec sa guitare, son bandana et ses verres fumés pour nous interpréter son «Grace Kelly Blues», tout le monde s’est probablement dit que la soirée allait se dérouler sous le signe de la tristesse et de la mélodie. Cependant, au deuxième tour de chant, l’acolyte de E depuis les quelques derniers albums, The Chet (rebaptisé Le Chet pour l’occasion) est arrivé sur la scène pour ajouter de la texture à la jolie «Little Bird» et à l’infiniment sombre «End Times».
Le reste du groupe s’est ensuite pointé pour donner le coup d’envoi d’une soirée très rock et étonnamment joyeuse, n’en déplaise aux amateurs du côté plus sérieux de E, véritable Mini Wheat du rock américain. Le coup d’envoi a donc été donné avec «Prizefighter», du premier album de la récente trilogie (Hombre Lobo, End Times et Tomorrow Morning) et ensuite le rythme n’a pratiquement pas ralenti. Même les bijoux pop que sont «My Beloved Monster» et «I Like Birds» ont eu droit à des interprétations survitaminées.
Si l’été a officiellement tiré sa révérence depuis déjà quelques jours, il n’en paraissait rien sur la scène du National. E, The Chet, Knuckles, P-Boo et Koool G Murder étaient en grande forme et balançaient même ce qui ressemblait à des popsicles dans la foule pendant une reprise amusante du «Summertime» de Gershwin (tel que popularisé par Billy Stewart). On avait, un peu plus tôt, eu droit au «Summer in the City» des Lovin’ Spoonfuls juste parce que E s’est écrié ne pas en avoir fini avec l’été. La température semblait être bien d’accord avec lui: une chaleur collante mouillait les barbes, nombreuses sur scène comme sur le parterre.
Le moment le plus cinglant de la soirée a sans conteste eu lieu lorsque le groupe a fait un mashup avec «Twist and Shout» et les paroles de «Mr. E’s Beautiful Blues», qui s’y collaient à merveille. Pour le reste, même si les pièces des trois derniers disques ont eu la plus grande partie de l’attention de leur auteur, nous avons quand même eu droit à quelques bijoux des excellents Souljacker et Daisies of the Galaxy.
Plus tôt dans la soirée, la jeune Jesca Hoop nous a offert une courte prestation digne de mention. La babysitter des plus jeunes gamins de Tom Waits s’est pointée toute seule avec sa guitare pour nous interpréter cinq titres de son nouvel album, Hunting my Dress. Si Suzanne Vega et Kate Bush rajeunissaient et fusionnaient, elles formeraient cette menue Californienne, toute de fragilité habitée. Le genre de première partie qui nous fait apprécier le fait d’arriver tôt.
par Charles Laplante






