Bien sûr qu’elle s’est fait lifter le visage 42 fois mais vous devez avouer que, pour 75 ans, elle n’est pas mal du tout, Joan Rivers. Surtout quand elle est photoshoppée.
Mais ce qui m’a le plus étonnée et séduite dans le documentaire dont elle est l’objet c’est l’infatigable énergie qui l’habite. Cette femme n’est pas heureuse si son agenda n’est pas plein. Je vous jure qu’elle laisserait, pantelant derrière elle, un paquet de jeunes de trente ans qui seraient incapables de la suivre dans l’incroyable marathon que constituent ses journées.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, Joan Rivers est une stand-up comic américaine dont la réputation d’irrévérence n’est plus à faire. Oui, elle dit des gros mots, mais elle est aussi extrêmement drôle, pratiquant aussi cet humour qu’on qualifie de juif où elle est elle-même l’objet de blagues désobligeantes.
Elle est issue d’une famille bourgeoise de New York, elle a un diplôme en littérature anglaise et en anthropologie de Barnard, ce qui n’est pas rien et il y a dans sa bibliothèque, entre autres, un livre d’Oriana Fallaci à côté d’une biographie de Talleyrand. Elle a une fille, Melissa, (qui possède un magnifique sac Birkin, je suis jalouse), son mari, Edgar Rosenberg, s’est suicidé en 1987 et parce qu’il était le gérant de Joan Rivers et qu’il n’y connaissait rien, il a procédé à de très mauvais investissements qui font que sa veuve doit continuer de travailler si elle veut assumer son train de vie.
Qui est quand même davantage du côté du grandiose que de la frugalité.
Le documentaire de Ricki Stern et Annie Sundberg suit Joan Rivers pendant un an. On la voit en représentation dans un club miteux, car elle accepte tous les engagements qu’on lui propose, où dans le fin fond du Wisconsin où elle s’informe candidement sur l’existence d’une communauté gaie. (Réponse du chauffeur de taxi: I don’t know about that.) Elle participe aussi à l’émission Celebrity Apprentice qu’elle gagnera et s’inquiète toujours des trous dans son agenda. Joan Rivers se définit pas son travail: si elle n’a rien à faire, elle n’est pas bien. Ce qui peut être assez tuant pour son entourage: c’est une bombe d’énergie, elle n’arrête jamais et c’est probablement ce qui la tient en vie.
Elle a aussi des aspects touchants: comme les clowns tristes, elle va rire de tout pour ne pas pleurer. Elle endosse des causes qui lui tiennent à cœur et donne à l’Action de grâce un souper chez elle où elle accueille les plus démunis. C’est une femme d’action mais aussi une femme de cœur.
Elle a été une pionnière, traçant la voie pour Whoopi Goldberg, Roseanne, Sandra Bernhard, Margaret Cho et Sarah Silverman. Elle ne fait pas de quartier: tout est objet de dérision pour elle, y compris les enfants et la maternité, ses chirurgies esthétiques et la vieillesse.
Elle a peur, terriblement peur, d’être oubliée, de ne plus exister, de ne rien laisser derrière elle. Je pense que ce documentaire devrait la rassurer: Joan Rivers est inoubliable. C’est un parfait exemple d’humanité avec ses failles et ses insécurités mais aussi avec ses forces, son talent et son incroyable détermination. Je lui lève mon chapeau.
Joan Rivers – A piece of work est à l’affiche présentement à Montréal.
MC5






