À l’occasion de la sortie du EP Waikiki, le trio pétillant La Patère rose avait choisi de nous donner rendez-vous au Parc St-Viateur le temps d’un mini concert bucolique.
«Outremont. Ils auraient pas pu trouver plus exotique à Montréal pour organiser une soirée hawaïenne», a lancé une des personnes présentes tout en sirotant son verre de punch aux fruits offert par le trio.

Je ne peux que lui donner raison, tant à première vue le parc St-Viateur a des airs de station balnéaire avec ses courts de tennis, son lac, son gazon fraîchement coupé et ses résidents en mode casual chic. L’endroit rêvé en somme pour livrer une «prestation ensoleillée» (à en croire l’événement Facebook posté quelques temps auparavant) nous rappelant ainsi qu’il n’est pas encore l’heure d’enfiler tricots, bas de laine et autres sympathiques tenues d’automne suscitant concertos de cris d’effroi chez les moins de 25 ans.
Le groupe a donc tenu parole puisqu’il est parvenu à transporter petits et grands aux confins d’un univers paradisiaque peuplé de lutins facétieux se prélassant au bord de l’océan, un verre de blue hawaii à la main.

Preuve en est, les petites frimousses qui se trémoussaient joyeusement au son du ukulélé et du mini piano, formant un superbe patchwork arc-en-ciel de t-shirts aux tons pastel. Car, oui, son public le plus effervescent était haut comme trois pommes et improvisait des concours de danse ponctués de headbangs et d’applaudissements prématurés, amusant par la même occasion parents et photographes.
La performance vocale offerte par Fanny Bloom nous rappelait tour à tour le timbre chaleureux et groovy de la chanteuse Duffy («Chocolove») et la voix enfantine d’une Émilie Simon à la fragilité apparente, le cœur en bandoulière («Petit Ours», «Waikiki»). La musique aux accents indie pop nous évoquait quant à elle la fraîcheur et la candeur d’Antsy Pants ou encore des Moldy Peaches («Décapote» version country beach), spécialistes du genre.

Cependant les apparences sont trompeuses. Et là réside toute l’ingéniosité du groupe qui réussit à nous induire en erreur avec des mélodies guillerettes et légères. Car en réalité, les paroles sont tout sauf rose bonbon et parlent avec profondeur de souffrance et de déception amoureuses et des non-dits, tout en sachant se défaire des lourdeurs stylistiques habituellement prônées par certains chanteurs ou groupes francophones. Mais nous ne retiendrons que l’insouciance des enfants et l’attitude débonnaire des adultes, ne souhaitant guère être affligés par des maux de cœur inutiles.
Et si dans l’assistance, certains avaient par hasard succombé aux blessures de leur passé amoureux (j’en doute fortement cela dit), des jello shots et des fraises nappées de chocolat et surmontées d’un pic très DIY préparés par le trio auraient suffi à leur redonner le sourire. Nous remercions d’ailleurs le groupe pour cette charmante attention.

Une chose est sûre: pas besoin de la voix langoureuse d’un Elvis Presley armé d’un ukulélé pour s’imaginer sous les tropiques. La Patère rose est là.
par Ingrid Granarolo / visuels gracieuseté de David Valiquette pour Dare to Care Records






