La grande première canadienne de Mesrine: L’instinct de mort et de Mesrine: L’ennemi public n° 1 avait lieu mercredi le 28 juillet dernier au Hall Theatre de l’Université Concordia en clôture du Festival Fantasia 2010.
C’est avec un certain malaise que l’on a attendu plusieurs minutes que l’un des interprètes québécois du premier film, Roy Dupuis, termine une entrevue pour qu’enfin on puisse nous présenter le film, ce qui, en soi, n’est ni de sa faute, ni bien grave. Le malaise trouva plutôt sa source dans les discours qu’ont dû étirer les responsables de Fantasia, d’Alliance Vivafilm (distributeur du film) et de Remstar (co-producteur du film) afin de gagner du temps.Tous ont vanté les films qu’ils nous présentaient en prenant bien soin de prononcer Mess-rine, alors que dans les deux films, le personnage souligne l’importance de prononcer Mérine à plusieurs reprises. Non, ce n’est pas particulièrement important et ça n’a rien à voir avec le film lui-même, mais c’est tout de même gênant lorsque ce sont des gens qui disent avoir vu le film et l’avoir adoré pour nous le vendre qui font une telle erreur. Après tout, c’est chiant d’entendre la prononciation des noms francophones se faire massacrer dans les médias anglophones, s’il faut qu’on en fasse autant, on est mal barrés.
Mesrine fait le récit véritable de la vie criminelle de Jacques Mesrine, ex-militaire ayant servi en Algérie et qui se rendra célèbre au cours des années 1960 et 1970 grâce à de multiples vols de banques, kidnappings et évasions de prison. Mesrine, un voyou charismatique, ni plus ni moins, aura alimenté la presse française et internationale durant une vingtaine d’années avant de se faire descendre par la police, exténuée de ses frasques.
Le premier des deux films commence par la fin de l’histoire : l’exécution de Mesrine au volant de sa voiture au bout d’un long générique monté de façon inventive en écrans partagés. On se rendra rapidement compte que le réalisateur Jean-François Richet (Ma 6-T va Crack-er, Assault on Precinct 13) aime étirer la sauce. Un grand nombre de séquences interminables, parfois inutiles, rendront la digestion des deux film fastidieuse. Vincent Cassel (La Haine, Irréversible, Eastern Promises), qui tient le rôle principal, joue juste et de façon inspirée, et force est d’admettre que Gérard Depardieu, en vieux mafieux bourru, a bien fait, pour la première fois depuis longtemps, de sortir de chez lui.
Après avoir suscité l’ire du monde interlope et de la police française, Mesrine est forcé de s’exiler. Il choisit pour terre d’accueil le Québec et fait rapidement la connaissance de Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis), un membre du FLQ qui a également l’habitude des braquages de banques. La séquence canadienne en entier est brouillon et la performance de Roy Dupuis inégale. On aurait bien pu s’en passer sans ne rien enlever à la compréhension du récit. On aurait d’ailleurs pu se passer entièrement du premier film, puisque c’est dans le second que le personnage devient réellement intéressant et complexe, au moment où la gloire lui fait perdre les pédales.
Malgré tout, la réalisation de Richet continue d’agacer dans L’ennemi public n°1, surtout parce qu’elle est convenue, sans surprises et très suggestive. La musique anonyme et ininspirée, qui n’inspire rien non plus d’ailleurs, est omniprésente et sert à souligner les moments de tension d’un gros trait de crayon gras. C’est l’écriture d’Abdel Raouf Dafri (Un Prophète) qui parvient quelque peu à sauver les meubles. Les dialogues sont franchement géniaux et l’on reconnaît la plume qui avait pourtant donné des ailes au Prophète de Jacques Audiard. Ce n’est cependant pas le cas pour Mesrine.
Le problème vient, en grande partie, du fait que l’on ait décidé de faire deux films alors que l’on aurait pu n’en faire qu’un seul très bon. Lorsqu’on se lance dans la production d’un film en deux parties ou d’un très long film, c’est qu’on devrait avoir l’intention de faire du grand cinéma. Malheureusement, Mesrine, qui aurait sans doute voulu rejoindre les rangs des Godfather, Goodfellas et The Good, the Bad and the Ugly n’arrive pas à rejoindre les Grands. Il s’enfarge trop souvent en s’éternisant (notez qu’il ne s’agit toutefois pas d’un film lent) et fait preuve de bien peu d’audace. La chute, d’une longueur inutile que l’on sent destinée à soutenir une tension dont on se tanne, est d’ailleurs particulièrement pénible. Il faut croire que Richet a pris Hubert au pied de la lettre et s’est dit que l’important, c’est pas la chute. Sauf qu’il a aussi raté son atterrissage.
par Alexandre Paré








