Quand Fabienne Larouche a annoncé il n’y a pas si longtemps qu’elle avait renouvelé son contrat et que Virginie serait présentée encore pour 125 ans, je me suis senti sécurisé en même temps que j’ai été assailli par un tas de questions. Alors que tous les problèmes de la terre avaient déjà été abordés dans les premières saisons (sauf peut-être la peste et la famine), quelles étaient les avenues possibles pour la suite?
Je me suis mis à rêver que la polyvalente Sainte-Jeanne-d’Arc deviendrait un vaisseau spatial et que les aventures de ces joyeux mésadaptés sociaux-affectifs se déplaceraient dans une autre galaxie où, pourquoi pas, ils pourraient être confrontés à la peste et à la famine. Malheureusement, l’imagination de Fabienne Larouche n’a visiblement pas l’envergure de la mienne et c’est sans remord qu’elle brise son contrat et nous a annoncé récemment la fin de Virginie pour décembre prochain au profit d’un nouveau téléroman intitulée 30 Vies qui, si j’ai bien compris, sera exactement comme Virginie mais plus «actuel» dans la forme. «Vous rayez le mot téléroman. Les téléromans tels qu’on les a connus, c’est terminé», proclame Fabienne. Malheureusement, personne ne semble lui avoir rappelé que le succès de Virginie repose sur trois éléments: le mauvais jeux des acteurs, les invraisemblances et, surtout, la forme surannée.
S’il est déjà acquis que le mauvais jeu d’acteur et les invraisemblances subsiteront dans 30 Vies, on va s’ennuyer des décors en carton et du rythme qui plaisait aux vrais fans de télé, c’est-à-dire à ceux qui comme moi ne manquent jamais les reprises d’Un Homme et son péché et de Rue des pignons.
Pour ceux et celles qui ont fait la grave erreur de ne pas suivre Virginie depuis 14 ans, il vous reste l’automne pour vous rattraper. Voici donc un petit résumé des dernières saisons pour vous mettre dans le bain.
Constantin (renversant Passe-Montagne), un prof de Sainte-Jeanne-d’Arc, s’enferme dans un placard et y voit apparaitre Dieu sous les traits d’un comédien noir (lumineux Maka Koto). Suite à cette apparition, il ne sait plus comment dealer avec sa famille constituée d’une femme infidèle cancéreuse, d’une fille dont la vie tourne autour d’un problème de poids et d’une autre fille vraiment belle qui finit par se suicider à cause de Patrick Labbé (mais on est plus trop certain, ça fait longtemps).
Constantin tente de s’extirper de ses problèmes en suivant la voie du Seigneur, mais il est rapidement ramené sur terre par Pierre Lacaille (succulent JC Lauzon), athée matérialiste, marxiste by the book et lecteur de Guy Debord (je n’invente rien, je vous le jure).
Entre les deux, s’immice Virginie Boivin dont la principale caractéristique est d’être le personnage le plus ennuyeux de l’histoire de l’humanité. Tellement porteuse d’un vide existentiel, en fait, que l’on se demande comment il se fait que ce ne soit pas Huysman ou Sartre qui l’aient inventée. Outre l’ennui insupportable qu’elle dégage, Virginie a ceci d’intéressant qu’elle est entourée, elle aussi, d’une famille fuckée. Son père, Claude Blanchard, dont le jeu se distingue par un regard toujours porté vers le plafond, tente aussi bien qu’il le peut de supporter sa femme Cécile qui devient Alzheimer mais qui cesse de l’être à moment donné on ne sait pas pourquoi. La soeur de Virginie, elle, est une religieuse nymphomane, tandis que sa grand-mère (cochonne Béatrice Picard) a 90 ans et frenche avec Pierre Lacaille.
Dans cette famille se démarque Bernard Paré, mari de Virginie et espèce d’Ingrid Betancourt québécois, qui se fait enlever par les FARC et qui est harcelé par son ex folle (badtrippante Julie Vincent). Bernard et son ex ont donné naissance au seul personnage équilibré de Virginie, Claudie, qui choisit de quitter son entourage pour aller marier à Providence le beau Maxime, ancien joueur suicidé du National de Québec (c’est une autre histoire).
Bon, ça c’était avant. Depuis un ou deux ans, Virginie a comme fusionné avec Aveux et la Virginie originale a été remplacée par une autre Virginie dont le chum lui fait croire qu’il est en Afghanistan mais qui au fond tente de cacher sa véritable identité à son autre blonde dans Aveux. Cette fusion n’est pas la plus réussie et je préfère largement quand Virginie se mélange avec Watatatow (ce qui arrive souvent, croyez-moi).
Lorsque le chum de la nouvelle Virginie fait semblant de mourir en Afghanistan, celle-ci cède aux avances d’un beau policier ténébreux mais dépressif qui s’était déjà tapé la première Virginie. À ce que je comprends, Fabienne a vu dans ce procédé une façon de rassurer le public en montrant que le vide existentiel serait transmis entre les deux Virginie. À noter aussi que ledit policier, lui, est le conjoint d’une psychologue membre d’une secte de dépravés sexuels.
Se glisse ensuite une série d’intrigues mineures mettant en relation un directeur d’école pédophile (remplacé ensuite par un maniaco-dépressif), nounou de Lance et Compte, Mario Duquette (vedette de Du Tac au Tac devenu inconditionnel de l’ADQ), un jeune plus brillant qu’Einstein, Mom Boucher (se cachant ici sous le pseudo de Toutoune Laporte), un tireur fou, un prof de français qui se prend pour un croisement entre Lamartine et Réjean Ducharme et qui parle en 18e siècle, un concierge philosphe islamique et beaucoup de morts (souvent par suicide).
En gros, c’est ça.
Bonne saison!
par Franchise Dugas






