La semaine passée, à la sortie officielle de la bande-annonce du film I’m Still Here de Casey Affleck mettant en vedette Joaquin Phoenix dans son propre rôle, on s’était posé des questions. Notamment la bonne vieille «pourquoi?», la viscérale «ç’tu vraiment vrai?», et la scientifique «d’où ça sort tout ça?». Notre collabo Vincent Guimond a sa petite idée là-dessus.
Nous sommes le 30 octobre 1938, certains New-Yorkais sont en panique, bien qu’ils avaient été avisés de la réelle nature de ce qu’ils entendraient. C’est qu’un peu plus tôt, la station de radio CBS faisait mine d’interrompre sa programmation régulière pour diffuser un bulletin de nouvelles d’apparence historique.
Une invasion était en marche, des Martiens envahissaient la terre.
L’hystérie collective qui s’ensuivit dans la population reste à ce jour matière à débat, remettant en question l’impact véritable de l’événement. Par contre, celle qui éclata dans l’establishment américain ne fît aucun doute. Plus jamais les mécanismes de l’information ne devraient être au service de la fiction, soutenaient même quelques-uns. La seule certitude qui émana de cette affaire fût le génie d’un homme de théâtre de l’époque, Orson Welles.
Avec la sortie récente de la bande-annonce du documentaire I’m Still Here, l’extraterrestre aujourd’hui, c’est Joaquin Phoenix. L’extrait est non seulement atypique mais abscons, n’aidant en rien ni personne à la compréhension du film à venir. Au lieu de vendre, il intrigue, et pour ceux déjà au courant de l’affaire, il exécute sa tache originelle, il annonce. En sommes-nous au point d’exiger d’une bande annonce qu’elle se réduise en un condensé de l’œuvre, la transformant en un miniature visionnement de presse facilement diffusible sur Twitter? Si tel était le cas, quelle formidable parodie de la situation nous offrit Jean-Luc Godard avec sa bande annonce de Film Socialisme, dans laquelle il se restreignit à défiler à l’accéléré la totalité de son film.
Authentique ou factice, le «documentaire» I’m Still Here bouscule le statu quo de l’image toute puissante, de la médiacratie actuelle et de sa déification de la célébrité. S’il est authentique, il s’agirait du portrait d’un acteur exceptionnel pour qui la gloire et le succès n’auront qu’été qu’une porte d’entrée sur la folie – pensez ici à Dave Chappelle – justifiant sa représentation comme tel dans les médias de masse. Tandis que s’il est factice, ce serait en véritable Frank Abagnale qu’il nous offrirait l’antithèse du Truman Show, un regard sur une société qui se regarde elle-même, tant qu’elle se scénarise tout de même un peu. Une performance d’acteur si grande qu’à l’abri de tous les Oscars, du cinéma-réalité, à ne pas confondre avec cinéma-vérité.
Si c’était justement là que l’idée lui était venue, aux Oscars. Confortablement assis dans le velours capitonné du théâtre Kodak, en voyant le petit croisé plaqué or lui échapper pour la deuxième fois. On lui reprocha ce soir là d’avoir participé à un remake mercantile parce que caucasien du film Ray en interprétant pourtant magnifiquement Johnny Cash dans Walk the Line.
Est-ce si curieux de le voir aujourd’hui en vedette rap excentrique au caractère bouillant, aux larges verres fumés et griffés, tout de noir vêtu, et de surcroît produit par Diddy?
Je ne sais pas, on aurait presque dit un mash-up.
par Vincent Guimond







