Vous souvenez-vous de l’époque où vous n’étiez encore qu’un jeune garçon de onze ou douze ans? Moi, je m’en souviens. J’avais des joggings Ocean Pacific et des t-shirts Vuarnet. C’est à cet âge qu’il me semblait le plus pertinent de voir Arnold ou Sly péter la gueule à des centaines de soldats d’un pays fictif quelconque et dirigé par une espèce d’amalgame de l’Ayatollah Khomeini, d’Augusto Pinochet et de Pol Pot.
C’est également à cet âge qu’il était franchement plus intéressant de passer l’après-midi entre gars à regarder des gars musclés faire exploser des trucs à la télé. Beaucoup plus intéressant que de passer l’après-midi avec des filles, en tout cas. J’étais donc assez excité de me rendre, hier matin, au visionnement de presse du dernier film de Sylvester Stallone, The Expendables. On nage dans l’irrationnel. Les Mr. Freeze, ce n’est pas bon non plus, mais j’en mange quand même. Bon, voilà.
Sylvester Stallone a pondu le wet dream de tout amateur de films d’action des années 1980 ou 1990 en réunissant les plus grandes stars du genre et de l’époque (Arnold Shwarzenegger, Bruce Willis, Mickey Rourke, Dolph Lundgren, Jet Li) dans un film qui aurait dû paraître il y a 20 ans. Pas parce que le film d’action n’a plus sa place aujourd’hui; il existe, il divertit et nul n’est besoin de l’intellectualiser outre mesure puisqu’il prétend rarement vouloir lancer de grands débats de société. Le film de Stallone est daté, figé dans une époque et dans un monde qui fait grincer des dents, et les thématiques qu’il exploite pour justifier les débordements de violence pour lesquels il existe sont franchement ringards. Les personnages sont d’anciens soldats spécialistes amateurs de tattoos, de motos et de femmes qui sortent tout juste d’un vidéoclip de Mötley Crue. L’exploitation, ici, d’une femme unidimensionnelle et vulnérable n’est ni étonnante ni choquante, sauf qu’elle ne colle plus du tout avec le film d’action contemporain qui, aujourd’hui, parvient souvent à mettre en scène des personnages étoffés dans des contextes qui, à défaut d’être réalistes, sont au moins relativement plausibles.
Stallone mène une bande de mercenaires qui cassent tout pour autant que l’on puisse les payer. Un jour, un monsieur bien habillé lui donne rendez-vous dans une église. C’est Bruce Willis, mais son personnage se fait appeler Church parce qu’il veut garder l’anonymat. Church a aussi donné rendez-vous à l’ancien rival de Stallone pour lui offrir le même contrat. Le rival, c’est Arnold Schwarzenegger, mais j’ai oublié le nom de son personnage et je ne l’ai pas noté durant la projection. Bref, voilà la scène de 4 minutes qui était supposée de nous faire baver. Disons qu’on est loin de la discussion entre De Niro et Pacino dans Heat. À côté de Sly et d’Arnold, Bruce Willis réussit à nous faire croire qu’il pourrait jouer Macbeth aux côtés de Donald Sutherland.
Bon, peu importe. Bruce Willis envoie Sly et ses copains sur une île d’Amérique centrale pour qu’il fasse je ne me souviens plus trop quoi, mais il finit par tuer plein de monde et parvient à ce que les méchants séquestrent la fille du général qui dirige l’île en question. Sur l’île, il y a aussi Steve Austin déguisé en Steve Austin. Ça a l’air compliqué, mais ça ne l’est pas du tout. Ensuite, Stallone se sent mal et il retourne sur l’île pour sauver la jeune fille parce que son copain, Mickey Rourke, l’a fait pleurer en lui disant qu’un jour, lui aussi avait laissé mourir une jeune fille et qu’il ne s’en était jamais remis. C’est un moment super touchant dans le film parce que Mickey est artiste-peintre et tatoueur et qu’il raconte son histoire en peignant des fleurs inspirées de l’art d’Ed Hardy sur une guitare bleue poudre. Stallone et ses potes font tout exploser. Le film se termine quand les boys se réunissent autour d’une bière et on se dit qu’on a donc hâte de voir la suite.
Alors voilà, c’était un film avec des explosions qui m’a inspiré la réflexion suivante : « mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire là-dessus? »
par Alexandre Paré






