«Ja allo?» répond Françoise Cactus à l’autre bout du monde, alors que je me suis levé tôt pour l’appeler chez elle à Berlin. Stereo Total se lève souvent pour traverser des frontières, ils tournent depuis une éternité autour du globe. Pour un groupe indé, comme on dit en France, ils se débrouillent plutôt bien, et le font depuis quinze ans. Après avoir sorti un album spécial Québec, Carte postale de Montréal, et un best of espagnol, Stereo Total sort son dixième album, Baby Ouh!.
«On essaie d’être internationaux. Quand on cherche un titre d’album, on cherche toujours quelque chose qui pourrait être compris partout. On avait un album qui s’appelait Monokini, ou alors, Oh! Ah!, Juke-Box Alarm, des choses comme ça. Euh… ouais.»
En plus de voyager beaucoup, le groupe chante dans plusieurs langues, toujours avec un accent français. Ici, la première chanson, «Alaska», est en japonais. «J’ai aussi une version française, mais elle est sortie sur notre label allemand.» Stereo Total auraient-ils avec eux un pro en études de marché?
Alors, maintenant?
On a été joué en Colombie. Les groupes ne veulent souvent pas aller jouer, parce que c’est dangereux, c’est un pays qui a super mauvaise réputation. On a été invités par l’alliance française. À tous les concerts il y avait 5000 personnes, c’était incroyable. Les jeunes étaient super content qu’enfin il y ait un groupe qui vienne leur rendre visite. Parce qu’à part une fois par an Aerosmith ou un truc comme ça, il y a pas de groupes indépendants qui viennent.
On a aussi fait un disque en espagnol, ça s’appelle euh…. Ben je m’en souviens même plus comment ça s’appelle, c’est terrible. Ah oui! Ça s’appelle No Controles Stereo Total. Voilà. Sinon, on a déjà joué au Brésil, en Argentine. On se ballade.
Ça fait un bail qu’on existe. On est presque comme les Rolling Stones.
Ça doit écrire beaucoup, un Stereo Total.

J’écris rapidement mais j’écris beaucoup de merde. C’est-à-dire qu’après je suis obligée de faire un tri… Je prends un cahier et j’y balance tout ce qui me passe par la tête. À la fin, je feuillette et je me dis: «Tiens, oui, ça c’est pas trop mal, comme idée.»
Je trouve que les chansons c’est un truc particulier. Disons que pour moi la chanson idéale, c’est complètement différent d’un poème ou d’une écriture quelconque. La chanson, il faut toujours que ce soir super simple, mais un peu rigolo, que ça sonne bien. Je suis à la recherche de mots qui vont bien ensemble, ou qui sonnent bien à mon oreille.
Je ne veux pas avoir de dictionnaire de rimes, je trouve ça complètement rasoir. Mais je me suis fait mon dictionnaire de rimes, avec tous les mots que j’aime bien, que je peux mettre ensemble pour développer une idée.
Comment tu as fait connaissance avec ces chansons québécoises que vous reprenez?
J’ai un copain qui vient de Montréal, et je lui ai dit: «Est-ce que tu peux pas m’enregistrer les trucs intéressants des années 80, etc.» Il m’a donc enregistré un mix CD, et après je trouvais ces chansons-là vraiment super. «Illegal», je sais, ça a été le gros hit au Québec, et je me suis dit «J’aimerais bien faire avec un accent québecois», ça serait comique. Mais j’ai téléphoné à mon copain de Montréal, je lui ai dit: «dis-donc, si je chante avec l’accent québecois, ils vont pas croire que je me fous d’eux?» Il a dit: «Mais non, ils seront très contents.»
Qu’est-ce que tu connais comme expression québécoise?
On dit pas «un pantalon carreauté». Si je dis ça à Paris, tout le monde va croire que j’ai volé le pantalon dans un magasin. Carotter en argot, ça veut dire piquer, ou voler. Si je dis, j’ai mis mon pantalon carreauté, tout le monde va croire que je l’ai piqué dans un magasin. Ouais! J’en ai un pantalon carreauté, un pantalon punk rock, c’est à dire avec un motif écossais et des bandoulières entre les jambes.
Je vais te nommer des expressions québécoises, dis-moi ce que tu penses que ça signifie.
Tu es habillé comme la chienne à Jacques:
T’as mis ta chemise à l’envers, en plus elle est moche. On se demande quel Jacques c’était!
Les yeux dans la graisse de bines:
Il est trop gras.
Faire dur:
Exagérer?
Faire la baboune:
Faire la java, sortir toute la nuit, non?
Une crotte sur le coeur:
Un gros chagrin d’amour
Sentir le swing:
Avoir envie de ne pas rester sur place, avoir envie de sortir, d’aller se balader.
Dans la chanson «Illégal», il y avait «tu me ronges l’épine dorsale». Je dois dire que je trouvais ça vraiment étrange comme expression.
Comment ça se passe, maintenant, sur scène?
Je joue de la batterie et je chante. J’ai un nouvel instrument qui s’appelle un Kaossilator, c’est une espèce de synthétiseur qui produit des bruits chaotiques.
Ensuite Brezel (Göring) joue un peu de tout, c’est un peu l’homme orchestre. Quand on ira au Québec on jouera Illégal. Sinon, on joue quand même quelques hits, enfin si on peut parler de hits… Les chansons que les gens préfèrent: L’Amour à trois, Wir Tanzen im Viereck. Ici, dans le nouvel album ils aiment bien, mais c’est en allemand alors évidemment. Du Bist Gut Zu Vögeln. Parce que c’est aussi un jeu de mot. En allemand, quand on dit «tu es gentil avec les oiseaux», ça veut dire aussi «tu es super au lit» ou un truc comme ça. Alors ça amuse tout le monde. «You’re good to fuck». C’est un peu vulgaire, mais si on veut comprendre ça comme ça, moi j’ai écrit toute la chanson comme une chanson sur les petites oiseaux, alors si les gens ont l’esprit tordu, j’y peux rien.
Stereo Total sera à la Sala Rossa ce vendredi 27 août avec Bobo Boutin. Billets ici, mais vous pouvez aussi en gagner en nous écrivant l’expression québécoise que vous trouvez la plus éloquente/intéressante/pissante à crew@nomag.ca.
par Félix Dyotte






