RAPPEUR SUPERSTAR (?)

Récapitulons. Joaquin Phoenix est né en 1974 d’une familles d’artistes (lire: de weirdos) notoires qui adhèrent alors à la secte Les Enfants de Dieu, déménagent constamment, et appellent leur progéniture Rain, Summer, River et Leaf Phoenix.

D’ailleurs Joaquin est crédité sous son nom de feuille dans la désopilante comédie dramatique Parenthood, où il jouait le fils troublé de Diane Wiest aux côtés d’un Keanu Reeves dudesque, en 1989.

Mais quatre ans plus tard, la famille perd River Phoenix, sorte de version plus jolie et mystérieuse de Christian Slater, d’une overdose. Les adolescentes qui écoutent Nirvana sont éplorées; on imagine Joaquin et le reste de ses proches. On ne le revoit au cinéma qu’avec To Die For, donnant la réplique à Nicole Kidman sous l’égide de Gus Van Sant en 1995.

Puis, il joue un small-town crétin dans U-Turn, un empereur cruel dans Gladiator, un prêtre fucké dans Quills et quelques autres rôles notables de personnages désillusionnés avant d’incarner Johnny Cash dans Walk the Line, en 2005.

C’est dans la seconde partie des années 2000, plus précisément après Two Lovers, joué avec Gwyneth Paltrow, que le petit Leaf devenu sombre Joaquin se mue en acteur complètement disjoncté. Manifestement pas à l’aise avec son statut de star, il le renie en cultivant sa hum, «différence», pilosité et éloquence négligées à l’appui.

Pour preuve, voici Joaquin chez Letterman en 2006, charmant, rasé et capable de rendre délectable une anecdote sur de la vermine:

Puis en 2009:

Alors, de famille de weirdos à rôles de weirdos, on boucle la boucle? Et là, je ne sais trop quelle variation sur la même métamorphose est en train de se tramer, mais Joaquin renaît une fois de plus de ses cendres pas éteintes, en se jouant lui-même dans un genre de faux documentaire sur sa prétendue vie de rappeur superstar. La bande-annonce de I’m Still Here est parue hier:

Bon, dans le genre je préférerais voir un vrai film sur Gonzales, mais je me dis qu’on mérite peut-être autant de cynisme, en tant que public. Que peut-être Joaquin est pris dans sa tête – ou que sa barbe a commencé à pousser par en-dedans.

Quoiqu’il en soit, au début j’ai trouvée l’idée marrante, mais là j’ai juste l’impression qu’il se la joue sibyllin par pur ennui. Voici yet another vidéo étrange, où Joaquin «rappe» et «se bat» à Miami (pour vous épargner un peu de la performance approximative, sachez que la joute verbale commence à 3m pour pousser Joaquin dans la foule vers 3m30):

Y’en aura pas d’facile. Le film sort quelque part cet automne dans un site web près de chez vous, j’imagine.

par Evelyne Côté