Quitter Montréal pour vivre à Londres… Ou mieux, quitter Montréal pour vivre à Londres et former un band. C’est ce que réussit l’ancienne vj de Musique Plus Elsie Martins, avec son groupe Phantom. Nomag l’a attrapée au téléphone, pendant le tournage d’un vidéoclip pour un premier album, Smoke and Mirrors, qui sortait au lendemain de notre conversation.
Forcément rompue à la magie du vidéoclip par son ancien boulot de vj, illico je lui demande si elle est très critique envers le travail d’un réalisateur. «Pas vraiment. En fait, je crois être critique pour choisir un réalisateur. Je sais ce que j’aime et je sais ce que je veux. L’œil critique arrive au moment de choisir mon réalisateur. En ce moment, on tourne avec le réalisateur Dan Donovan, un clip en noir et blanc, inspiré du travail de Jean Cocteau avec beaucoup de close-ups.»
En parlant de l’histoire de Phantom, Elsie me raconte que c’est évidemment pas quelque chose qu’elle aurait fait à Montréal, elle qui est installé chez les Brits depuis dix ans. Elsie s’est donc développée une nouvelle vie. Et la chose que j’ai trouvé la plus fascinante dans son histoire, c’est de voir à quel point elle a donné la chance à son projet de survivre, alors qu’un d’un autre côté elle me raconte que Londres est la terre des millions de bands avec trente shows par soir.
Phantom s’est mis à exister de la même façon que la plupart des groupes. Elsie composait des chansons chez elle; Elsie a rencontré des musiciens. Ces musiciens lui ont dit de continuer et finalement la musicienne s’est liée d’amitié avec le bassiste Johnny Martin. Si Phantom a déjà été au nombre de cinq musiciens, le groupe est maintenant devenu duo avec Johnny. Et le projet prend de l’ampleur avec de belles comparaisons: Mogwai, Explosions in the Sky, Siouxsie and the Banshees, PJ Harvey. C’est souvent sombre et la recherche pour chacune des pièces est primordiale. Miss Martins refuse de travailler avec un batteur pour l’instant, préférant enregistrer des sons au hasard qui finiront par servir de rythme. Un casse-tête complexe autant en spectacle que sur la galette numérique: «Quand on fait un show, on joue pendant une demi-heure et les chansons se suivent sans arrêt, et moi je voulais pas faire un album qui n’était pas représentatif de ce qu’on fait sur scène.»
Elsie a aussi pensé à votre carte de crédit. En achetant l’album de Phantom sur iTunes, vous verrez que seulement deux morceaux s’installent doucement sur votre disque dur. Chacune des deux pièces renferment quatre ou cinq chansons alors qu’iTunes vous chargerait normalement 8,99$ pour l’album en pièces détachées. Vous payerez ici que trois dollars et des poussières. «C’est tellement atmosphérique comme musique, que ce qui est important pour moi, c’est que les gens viennent nous voir en show. Je m’en fous de donner l’album!»
Si le Canada ne fait pas encore parti de l’itinéraire de Phantom dans les prochains mois, le duo ira visiter les japonais sous peu, alors qu’ils reviennent tout juste d’une tournée en Italie. «Il faut commencer par se trouver un agent au Canada qui sera preneur! C’est sur que pour moi c’est important, c’est là que j’ai commencé et que j’ai appris sur la musique.»
Phantom – Voodoo Romantic (extrait) by Nomaglive
Pour bien faire les choses, la chanteuse a aussi démarré son propre label, La Nausée, en hommage à l’ancien bar du même nom au coin St-Laurent et Ste-Catherine (aujourd’hui devenu Le Loft). «Quand j’étais vj, je me retrouvais à ce bar sept jours sur sept! J’ai tellement découvert de musique là-bas. Ici les Anglais ne sont pas capable de prononcer le nom du label, mais moi je sais que ça représente quelque chose à Montréal.»
Pis justement, Montréal. Les Anglais disent quoi sur la scène Montréalaise? «Montréal = Arcade Fire. C’est ce qui ressort le plus souvent! Il y a eu The Dears et Stars qui ont frappé fort aussi, mais c’est vraiment ça dont les gens parle: Ah yeah Montreal! Arcade Fire!»
Intrigué par la scène Londonienne, je suis curieux de savoir ce qu’Elsie a appris au cours de ses dix ans à Londres.
«Ici il n’y a pas vraiment de culture underground. Il y en a vraiment pour tous les goûts et la couverture médiatique est assez grande. Les arts en général, c’est assez prisé et il y a des galeries partout, des petites salles de spectacles, etc.»
J’ai pas eu le choix. Il y a bien fallu que je la confronte sur la nécessité du mot musique dans Musique Plus. À ma grande surprise, la belle Elsie ne semblait pas trop au courant des mauvaises critiques à l’endroit de la station, où elle a travaillé pendant cinq ans: «Franchement, j’ai des amis qui travaillent toujours là-bas et j’ai pas trop eu vent des changements côté musique. J’aimerais bien que le clip de Phantom puisse passer à Montréal!»
Pardonnez-la pour sa langue de bois au sujet de la direction musicale de l’ex-employeur. On a hâte de la voir avec Johnny à Montréal et qui sait, c’est peut être pour bientôt…
par Tommy Loyer









