Seconde partie d’un week-end engloutissant. On a repris des forces en matinée pour arriver voir Lunice mettre des passants dans sa petite poche en assénant ses gros beats, et Ariane Moffatt se débattre un brin avec une foule pas encore très dégourdie et des problèmes de son récurrents.
ARIANE MOFFATT
Comme à son habitude, Ariane a tout mis de son bord pour faire bouger les gens. Les têtes hochaient allègrement, mais les jambes restaient fixes, au grand désarroi de la musicienne qui ne s’est pas gênée pour semoncer un peu son monde. Les pièces de Le cœur dans la tête, de Tous les sens et d’Aquanaute ont eu le grand traitement rock ou plus électro pour l’occasion, et Moffatt a emprunté le «Paper Planes» de M.I.A. à mi-course ainsi qu’un peu de The Cure, si je ne m’abuse, dans son jam final. — EC
BLACK KEYS
C’est vers la fin de l’après-midi que Dan Auerbach et Patrick Carney sont montés sur scène pour livrer un set aux allures de greatest hits. Quelle bonne idée que de commencer par l’excellente pièce éponyme de leur deuxième album, «Thickfreakness», chanson la plus viscéralement rock de leur répertoire. La part belle fut aussi faite aux morceaux du plus récent Brothers, ainsi qu’aux hits de Rubber Factory et Attack & Release, sous les regards d’une foule un peu trop tranquille, pas encore complètement réveillée et claquée de soleil. Ceci dit, les Black Keys ne sont pas les gars les plus communicatifs et le spectateur doit souvent faire un effort pour embarquer dans leur trip par lui-même. Bref, c’est toujours plus efficace dans une petite salle bien bondée. – CL
THE ANTLERS
On n’a pu attraper la totalité de The Antlers, aux antipodes du show de guitare minimaliste mais saturé des Keys. Mais les quatre pièces finales ont conquis. En concert, le frontman Peter Silberman est plus délié que sur disque, le très introspectif et chagriné Hospice relatant les déboires d’une victime du cancer avec un employé de l’hospice en question.
Pas très jojo tout ça, mais live franchement l’énergie était superbe. Le batteur s’amusait ferme en faisant ressortir les rythmes des morceaux, et Silberman chantait de manière convaincue et mesurée, sans jamais tomber dans le mélodrame qu’on gratte frénétiquement. À revoir. — EC
WE ARE WOLVES / MAJOR LAZER
Un wet dream pour quiconque en mal de pas de danse, les deux scènes contigües des arbres et du Piknic électronik présentaient côte à côte Major Lazer, le projet dancehall de Diplo et de Switch, et l’électro-punk de We Are Wolves. La meute locale a commencé avec trois pièces du plus récent album Invisible Violence, «Palomina» en tête, et la très réussie «Vague» un peu plus loin, le tout pimenté de «Coconut Night», «Fight & Kiss» et «Magique» de Total Magique. Après avoir provoqué un cri de ralliement pour l’anniversaire d’une amie, ils ont enchaîné avec des vieux tubes toujours aussi efficaces. De l’autre côté, ça abondait pour voir l’irrésistible sourire du blond Diplo, et pour piétiner le gazon ferme. — EC
Tout le monde avait envie de se trémousser sur cette voix qui tue et ces beats légendaires, et tout le monde l’a fait. Ce qui frappe dans un festival, c’est que sur le hip-hop, on n’a pas trop à se demander comment bouger, on le fait, et c’est beaucoup mieux pour le dos que de rester planté là. Sous le soleil éclatant, se reflétant dans le micro sophistiqué style or style coup de poing américain de Snoop, on se sentait tous sexy je crois, et je suis surpris de ne pas avoir vu de paires de boules flasher. C’était l’occasion, les filles. Sur ces brillantes constatations, j’ajoute que le son était moyen, mais que tout le monde s’en foutait, parce que c’est Snoop Dogg. Ce même garçon qui nous a fait chanter ses éloges à la fin du spectacle: Na na na na, na na na na, hey-ey-ey, Snoop Dogg. Drôle, ridicule et parfait. — FD
SONIC YOUTH
On s’en doutait un peu et ça a été confirmé dès les premières mesures de «Sacred Trickster», au début du spectacle: on a eu droit a un set presque complet dédié aux chansons de The Eternal, dernier album des vétérans new-yorkais. Les uns était très contents et les autres sacraient leur camp. À moins qu’ils n’aient pas vus les changements apportés à l’horaire et s’attendaient à voir Metric… N’empêche, je faisais partie de la première catégorie et j’ai bien aimé voir Thurston, Lee, Steve et Kim accompagnés de Mark Ibold (Pavement) à la basse pour enfin avoir la chance d’entendre «Calming the Snake», «Poison Arrow», «Anti-Orgasm» et les autres en versions live.

En prime, on a eu droit à «The Sprawl» et «Cross the Breeze» (de Daydream Nation) à la fin du spectacle. Gros bémol: les modifications de l’horaire m’ont empêché de voir Jon Spencer Blues Explosion. Avoir à choisir entre le sacrifice de l’un ou de l’autre était comme avoir le choix entre un coup de poing dans la face ou un coup de pied au cul… À croire que la personne ayant remanié l’horaire n’était pas au courant que souvent, les fans de Sonic Youth sont également friands de JSBE. — CL
DEVO
On aurait cru des professeurs d’éducation physique qui jouaient à Guitar Hero. Ces étranges slogans sarcastiques appartiennent sans doute à la Generation X, mais le spectacle dans sa mise en scène et sa constante dansante demeurait absolument divertissant. Danse et steppettes, on a eu droit à de surréalistes mouvements de mise en forme, des milliers de superballs agrémentées de smileys revolant de tous bords tous côtés, un terrifiant personnage nous racontant une histoire inconfortable à propos de Michael Jackson l’emmenant à Neverland. De longs solos rapides sur des rythmes zélés, des petits thèmes d’éclairage, on n’avait pas le temps de s’ennuyer, sentant que le groupe prenait sa petite étiquette culte bien au sérieux, dans une démarche absurde. Merci Devo! — FD
Je suis arrivé un peu en retard, secoué et étourdi par mes va-et-viens aux toilettes et aux bars, et cette distraite (j’en conviens) écoute d’un Weezer qui ne fait plus trop dans l’innovation visionnaire depuis leur retour à la suite de Pinkerton, les guignols dont le sérieux ne fait plus rire et dont l’humour n’est plus pris au sérieux font toujours un peu dans le vague artistique. Après avoir invité Kenny G pour les accompagner sur une chanson qui laisse pantois, voilà qu’ils reprennent Lady Gaga et MGMT sans raison valable, je croyais entendre un CD de loin. Le groupe a beau avoir de l’énergie sur scène, ils interprètent leurs ritournelles sur le mode automatique, et leurs gestes m’ont semblé désespérés. Pourquoi sont-ils invités et réinvités? Un groupe qui depuis longtemps appartient au passé et ne se réclament pourtant pas de l’épithète d’un comeback font une bien soporifique clôture de festival. Mais bon, la volonté des gens de s’amuser malgré tout aura encore triomphé, et ça, ça laisse béat d’admiration, sans ironie. — FD
par Evelyne Côté, Félix Dyotte et Charles Laplante / photos par Tim Snow et Gaëlle Janvier








