OSHEAGA: JOUR 1

La météo aura été de la partie, et l’affluence de spectateurs aussi. Les chiffres indiquent que cette cinquième édition d’Osheaga a été la bonne, la vraie.

Pourtant samedi, un petit vent de déception nous chatouillait la face. Mais la fin aura justifié les moyens et ces milliers de personnes déambulant à moitié – ou complètement – imbibés auront trouvé leur compte à la fin de la soirée, se retrouvant devant ce que certains appelleront le concert de l’année: Arcade Fire. Les oreilles dubitatives des absents se demanderont si les éloges sur AF ne sont que le déguisement subjectif d’une fierté locale. Ça aide sans doute, mais non. C’était juste vraiment bon.

OWEN PALLETT

On croyait avoir presque le temps d’attraper The Walkmen (qui par ailleurs reviendront le 8 octobre au Cabaret avec AA Bondy), mais c’était sous-estimer la manne de monde venus eux aussi réclamer leurs billets en début d’après-midi. Logique. Au final, il y aura eu 53 000 personnes dans l’enceinte du parc Jean-Drapeau, beaucoup plus que les 30 000 des années passées. Sur place, Cage the Elephant ayant dû annuler, on a eu des échos pas mal plus relax de Rich Aucoin. À la Scène verte – qui a pris la place tenue jadis par la Scène MEG et fonctionne désormais à 30% avec de l’énergie renouvelable grâce à l’organisme Ile infinie -, Owen se faisait aller l’archet. Toujours accompagné d’un percussionniste/guitariste, il a fait une majorité de pièces tirées de son dernier Heartland, plus lyriques, moins pop. Exigeant mais nourrissant, et pas mal beau entouré d’arbres. — EC

EDWARD SHARPE AND THE MAGNETIC ZEROES

Après un arrêt rapide chez les Montréalais de Final Flash, toujours aussi honnêtes et francs tant dans leur manière de s’exprimer que de jouer, on s’est postés devant la grande Scène de la Montagne pour un groupe californien à l’air weirdo-slash-intéressant qu’on connaît à peine. Certains fans, probablement étudiants de McGill, bien massés au centre de la foule, en braillaient à force de tonitruer les paroles hyper happy du groupe. Divertissant et assez théâtral, dans le genre Of Montreal pour les gens qui aiment Ben Harper et Jack Johnson. — EC

LITTLE SCREAM / JIMMY CLIFF

Pendant qu’un Dan Black maquillé et insécure indisposait apparemment certains spectateurs à la Scène des arbres, Little Scream essayait de rallier une foule dissipée. Le projet de Laurel Sprengelmeyer était pour l’occasion gratifié de Liz Powell de Land of Talk, d’une choriste avec une belle robe et d’un talentueux batteur. En montagnes russes, le set a réussi à capter l’attention des passants grâce à l’intensité du chant de Sprengelmeyer et à une énergie très Mile-End/Divan Orange qui devait en rassurer quelques-uns. Rapidement de l’autre côté, sur la grande Scène de la rivière, Jimmy Cliff chantait du reggae. On a attrapé qu’une toune qui s’apparentait à «The Devil Inside» de INXS. Retour sur terre, ça n’était pas ça, mais l’idée qu’un rasta spirituel s’approprie une pièce au nom pareil a mis du soleil dans nos cœurs de rockeurs. — EC

JAPANDROIDS

Performance énergique des Japandroids comme on était en droit de s’y attendre. Vive les duos guitare et batterie, c’est pas mal toujours winner semblerait (voir texte des Black Keys le dimanche ici). Le party a commencé à lever un peu, les poings en l’air aussi. C’était juste avant la traversée du désert. — EC

STARS / KEANE

Passage à vide avec deux groupes chevronnés tour à tour qui ne nous titillaient pas trop. Il y avait bien le punché Avi Buffalo et l’iconoclaste Jamie Lidell de l’autre bord, mais un temps d’arrêt à flanc de colline était de mise avant l’enfilade du soir qui allait débuter avec Pavement. Stars ont commencé avec l’extrait «We Don’t Want Your Body» de leur nouvel album The Five Ghosts, ce qui a donné le ton pour leur dance-pop tristounette. La voix d’Amy Millan est toujours aussi cristalline et magnifique, celle de Torquil Campbell toujours aussi over-the-top. Pour ceux qui les auraient manqués et qui s’en mordent les doigts, le groupe sera au Métropolis le 4 décembre alors qu’il rentrera au bercail au terme d’une tournée internationale. Et Keane? Mélo, piano, dodo. — EC

PAVEMENT

Les nouvelles vont vite, vous l’avez sûrement entendu: Stephen Malkmus s’est reçu une bière par la tête, gracieuseté d’un trublion ayant soit trop d’argent entre les mains, soit trop de mains tout court. Genre de cave. La foule a ensuite pointé le coupable du doigt et, alors qu’on projetait la mise au pilori du dude sur écrans géants, Malkmus a été bon joueur en ravalant son orgueil et en faisant une joke sur la Labatt. Côté musique, on a vraiment apprécié le set composé de classiques comme «Unfair» ou «Cut Your Hair», ou encore «Strange Life» où Bob Nastanovich semblait sur le point de carrément disjoncter. Pour les yeux des dames, Malkmus était du bonbon, même si son jeu de guitare a peut-être été entaché par la bière qui séchait encore dessus. On a croisé le band au Montréal Pool Room vers 23h d’ailleurs. Fan fact: Malkmus mangeait proprement son hot dog et était limite gêné quand on les a remerciés pour le show. Nastanovich inhalait pour sa part une grosse pout’ en s’exclamant haut et fort avant de nous donner une énergique poignée de main. — EC

BEACH HOUSE

Teen Dream, qu’il vaudrait la peine de considérer comme un des albums emportants (j’allais dire important, mais la faute de frappe aura eu raison de moi) de l’année, m’ont fait rater Pavement tant j’avais envie de voir ce que ça donnait en concert, néophyte des concerts de Beach House que je suis. Après une trop longue préparation, apparemment infructueuse, on a vu le trio sur scène se prendre la tête avec leurs sons de retour, lutter sans fin avec le doute (justifié) que le son sur le site n’était pas mieux, et suivre la moitié de la musique pré-enregistrée à la recherche de leur âme. Voir une lutte pour saisir un moment qui les échappe, ce n’était pas de tout repos. Quelqu’un, quelque part, semblait vouloir tout faire pour étouffer l’aura qui doit entourer d’aussi bons auteurs-compositeurs, et malgré l’interprétation impeccable qu’ils en ont fait et les quelques acrobaties de cheveux de la charismatique Victoria Legrand, personne n’aura percé la balloune, et à travers les interrogations flous de la foule, j’aurai même entendu une idiote qui n’a certainement jamais entendu Nina Simone ou Nico crier à la leader: «Are you a man?» — FD

THE NATIONAL

The National s’est planté. Littéralement – le chanteur Matt Berninger a piqué une plonge solide. Mais sinon, tout était au beau fixe. Certains se sont plaints du contexte extérieur qui accueillait pour la première fois en deux ans The National, par définition sombres et orageux et avantagés en salle fermée. Rien ressenti du clash pour ma part, au contraire j’ai trouvé ça rafraîchissant. Le set a commencé avec une pleine poignée de hits de Boxer («Mistaken for Strangers» en ouverture, wow!, «Squalor Victoria», «Slow Show», «29 Years», «Apartment Story») qui ont culminé avec «Fake Empire» vers la fin, avec un soupçon de Alligator («Mr. November») pour garder ça criard et des giclées de High Violet pour garder ça neuf («Afraid of Everyone», «Bloodbuzz Ohio», «Anyone’s Ghost», «Terrible Love», «Conversation 16», «England»). Le calibrage du son était parfois imparfait pour les cuivres, mais pour ce qui était de l’interprétation de Berninger, les fans étaient aux anges. Bon ok j’ai versé une larme. — EC

ROBYN

Robyn a commencé en retard, mais tant mieux – le chevauchement de The National et Robyn était un peu trop cruel pour notre cœur de fille. Filtrée par l’imminence du show d’Arcade Fire de l’autre côté, la foule respirait, dansait et s’éclatait avec la Suédoise, qui elle s’activait au centre d’un band parfaitement symétrique fait de deux batteurs et deux claviéristes. «Fembot» et «Dancing on My Own» ont introduit le nouveau triptyque d’albums de la bleach-blonde époque True Blue de Madonna, et on a eu droit à des tounes de l’infectieux éponyme sorti il y a trois ans, en version souvent lourdement remixée. Cute! — EC

ARCADE FIRE

J’avais vu la petite meute tester ses chansons dans un parking anonyme à Longueuil, histoire de célébrer ces images qui peuplent le nouveau disque The Suburbs. Arcade Fire était alors fébrile, mais à la manière du chercheur qui sort de sa tanière pour tester une invention après des semaines malsaines de calculs rasants. Samedi, c’était autre chose. Si je ne m’abuse, c’était le plus gros concert du groupe dans sa ville natale, et il s’agissait de sa ville natale. Deux raisons qui n’en forment qu’une et me font imaginer le stress qu’ils avaient avant de monter sur scène.
Contact nerveux avec le public, mais plus touchant qu’autre chose, car le groupe a décidé de canaliser ses bonnes énergies dans le déroulement du spectacle, plutôt que dans des tentatives inutiles de connecter avec un public déjà conquis. La musique devait parler, et elle l’a fait de façon émouvante, stupéfiante, faisant de ce spectacle mon moment de l’année. Ça paraît que l’équipe de Win Butler et Regine Chassagne a investi dans ce concert, misant sur une qualité sonore à tout casser, invitant leur presque collègue éternel Owen Pallett à accompagner le groupe déjà complet sur cette immense scène décorée sobrement, mais avec toute la classe qu’il fallait.
Deux batteries sur scène, des changements constants de plateau, tout un brouhaha d’instruments n’auront pas empêché le groupe d’enchaîner leurs chansons avec grâce, et de les interpréter de façon magistrale, tous les musiciens semblant connectés sur la même énergie. À mon grand étonnement, des tas de gens chantaient déjà les paroles de The Suburbs alors même pas sorti légalement, et frissons et larmes auront probablement coulé simultanément lorsqu’on aura entendu entamées The Crown of Love, Intervention ou une des Neighborhood. J’ai versé trois larmes. — FD

par Evelyne Côté et Félix Dyotte / photos Josh Martin, Gaëlle Janvier ainsi que Tim Snow pour Osheaga