«Bof Montreal», j’ai lu sur un des multiples statuts Facebook faisant part d’une certaine déception devant la linéarité du concert d’Of Montreal, vendredi passé au Métropolis. J’avais des streptocoques et une envie folle de me coucher, mais je ne crois pas que ça m’ait biaisé dans mon accord avec la majorité des amis. Ceci dit, un groupe aimé qui déçoit sur scène, c’est comme un amour qui déçoit au lit: faut pardonner.
Alors pour rendre cet article autrement divertissant, médisance et critique négative ayant bien leurs limites, j’ai trouvé dans un vieux cahier un truc que j’avais écrit sur l’impact d’Of Montreal sur ma vie. Pour préserver ma vie privée, je me suis auto-censuré à souhait; ceux qui veulent les détails croustillants de cette époque peuvent trouver mon adresse et venir me cambrioler.
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Le phénomène de la musique associative
Hissing Fauna, Are You The Destroyer? a été pour moi un album important. Une personne que j’aime me l’avait fait découvrir à un moment où ça n’allait pas très bien dans ma vie — à un moment où mon bonheur était comme une oasis lointaine et inaccessible. Cet album haut en couleurs, extraordinaire, à la fois introspectif et explosif, excentrique, m’a tout de suite séduit, mais s’est aussitôt associé à cette liberté intouchable, cette beauté du monde qui m’aliénait, car j’étais alors pris d’obsessions taciturnes injectant mon existence d’un poison mystifiant.
Mais l’univers lyrique qui liait si bien la transe que je poursuivais comme un cadavre, à cet état cérébral, ce problème humain que je pouvais si bien décrire. C’était un univers qui pénétrait en moi avec une puissance mystique.
Les choses ont évolué, je suis parti en Europe et j’ai trouvé la légèreté dont j’avais besoin. Aujourd’hui Of Montreal est instauré dans mon imaginaire avec une trace aigre-douce, qui me rappelle que ce groupe est entré en moi par une trappe dont j’ignorais l’existence, une maison hantée portant le nom d’un amour confus.
Et je me revois encore, au pire moment de ma vie, à poser coin Saint-Laurent / Mont-Royal, avec «Gronlandic Edit» dans mes écouteurs, sentant que je vivais quelque chose d’épique: un changement. C’était une façon de canaliser et de sublimer cette peine d’amour inexplicable, cet échec énigmatique qui avait épuisé toutes ses explications cérébrales et ses représentations structurées, et demandait exil.
…Étrange: en arrivant au concert, comme d’habitude je ne m’attendais à rien, trop occupé à penser à autre chose, et j’ai eu du mal à ressentir quoi que ce soit. Le groupe semblait en pilote automatique, bien déguisé et tout, en mode spectacle, certainement. Mais sans grosse fièvre, sans cette volonté de sensations fortes que l’on ressent dans l’écriture de Kevin Barnes. Ce dernier avait l’air plutôt gêné, se dandinait avec parcimonie. L’extravagance, on la voyait dans les costumes, dans ces ninjas du futur qui venaient se battre au ralenti, de façon théâtrale et grossière, ces cochons qui faisaient des simagrées. Une sorte de grand événement dénué de son esprit. Le groupe enchaînait rapidement les chansons, n’augmentant pas l’intensité de la chose, mais mettant toutes les chansons au même niveau, sans nous donner le privilège d’interruptions. Au fond, je ne me suis senti d’aucune façon trahi, certains groupes passent de mauvais moments, déçoivent, mais il s’agit de les prendre pour ce qu’ils font de mieux. Pour moi c’est le souvenir d’une séance d’écouteurs et de petites larmes au coin de deux rues.
par Félix Dyotte / photos Rod Moraga








