«You guys all came here to see Cameron Diaz, right? Yay Camerooonn!»
Après cette perle d’humour subtil lancée par Joey Chaperon Cyr de Final Flash, on aurait pu entendre une mouche voler dans le Cabaret du Mile End. On avait en tout cas pas mal envie de lui crier «Less talk, more rock!». Heureusement, le groupe montréalais est talentueux et livre la marchandise en termes de folk-rock bien dans sa peau et parsemé d’envolées psychédéliques. Toutefois, leur courte prestation n’était pas vraiment armée pour faire compétition à la suite du programme.
Et quelle suite!
Lorsque les Dearly Beloved de Toronto sont montés sur la scène, on a été conquis en moins de deux chansons, assez pour aller se procurer tous leurs albums à la table de merch. Le groupe, mené par le bassiste chanteur Rob Higgins propose un rock alterno ultra-énergique qui n’a pas mis beaucoup de temps à se faire adopter par la foule dansante. De l’énergie, disons qu’il fallait en avoir des masses pour être en mesure de se faire remarquer en première partie de la pixie-bombe Juliette Lewis.
Mieux connue pour ses rôles d’adolescentes troublées (Danielle Bowden dans Cape Fear) ou de tueuses disjonctées (Mallory Knox de Natural Born Killers), Juliette Lewis s’est découvert au tournant des années 2000, une nouvelle passion: le rock n roll!
Celle qui nous chantait du PJ Harvey dans Strange Days nous a par la suite offert deux albums (You’re Speaking my Language et Four on the Floor) avec son ancien groupe, The Licks, pour revenir en solo en 2009 avec Terra Incognita, réalisé par le très prolifique Omar Rodriguez-Lopez de Mars Volta. Ce nouveau disque s’éloigne du rock garage ascendant punk retrouvé sur les albums des Licks et Juliette s’y aventure même en terrain bluesy et balladesque.
À onze heures tapantes, l’actrice devenue rock star est arrivée derrière la batterie sous un tonnerre d’applaudissements pour une intro bien racoleuse. Toute de bleu teindue et de plumes rouges vêtue, la menue femme s’est par la suite emparé de la foule histoire de bien l’insérer dans sa petite poche d’en arrière. Après avoir repris sa place habituelle sur la scène (au milieu et bien en avant, svp!), elle s’est mise à bouger très vite et partout en même temps.
L’ancienne flamme de Brad Pitt serait-elle née pour le rock? Poser la question, c’est y répondre. En fait, si Iggy Pop était mort en 1974, on aurait pu jurer être en face de sa réincarnation. À part l’automutilation, les comportements scéniques de l’iguane font presque tous partie de la routine de Lewis, dont la voix évoque également la rage de Janis Joplin. Bains de foule fréquents, danses furieuses et headbanging étourdissant. En voulez-vous? En v’là!
La dame au visage d’éternelle adolescente donne vraiment tout ce qu’elle a, plus une bonne poignée de nouvelles chansons («Uh Uh», «Fantasy Bar») et de plus anciennes du temps des Licks («Got Love To Kill», «Sticky Honey»). Le groupe qui l’accompagne, les New Romantiques, est bien solide et dispose d’une force de frappe suffisante pour soutenir la star avec aplomb.
Enfin, au moment où celle-ci est venue danser directement devant nous au milieu de la salle et que tout le monde était complètement en feu, il nous est passé par la tête que nous ne voulions pas être ailleurs, que chaque chose ou personne était là où elle devait être. Le bonheur, quoi!
par Charles Laplante / photos Susan Moss















