GOD SAVE THE QUEEN

J’ai parlé avec la reine au téléphone. Pas celle qui inaugure des aéroports de Winnipeg. Plutôt celle qui a défriché le rockabilly au féminin: Wanda Jackson, la reine du rockabilly qui, dès ses études secondaires terminées, embarquait avec Elvis Presley pour une première tournée (ce dernier a brièvement été le petit ami de Wanda) en 1955. Miss Jackson a évidemment toute une carrière derrière elle. La jeune femme m’a accordé une précieuse et courte entrevue téléphonique avant son concert au Festival de Jazz de Montréal.

En préparation pour l’entrevue, je fouillais tant bien que mal les recoins de sa carrière et une seule question me revenait constamment: quel est votre plus beau souvenir en carrière?

«Mon plus beau souvenir? Sans doute lorsque j’ai été intronisée au Rock and Roll Hall of Fame l’année dernière par Rosanne Cash, la fille de Johnny Cash. Ça été pour moi la reconnaissance d’une longue carrière, mais aussi la reconnaissance des femmes dans le rock.»

Bonne réponse. Par contre, au téléphone, j’ai ressenti un malaise. Sachant que la dame revenait tout juste d’un périple en Australie et en Nouvelle-Zélande, je me suis dit que j’étais drôlement effronté de poser des questions à une femme de 72 ans qui avait sûrement besoin de repos. Même si sa voix était douce et frêle, elle répondait à mes questions avec aplomb. Un aplomb nécessaire pour sortir un album rock à l’âge où d’autres se gavent de peppermint.

La musique de jeune aka Jack White

Cinq décennies plus tôt, ce petit bout de femme a ouvert la voie pour bien des filles dans le rock. Elle pourrait être fermée aux créations de notre époque, mais son dernier single prouve tout le contraire…

Vendredi soir, elle nous a présenté sa reprise de You know I’m no Good d’Amy Winehouse, avec ce grain de voix qui lui est tellement unique. Tellement qu’il aura fallu moins de quarante-cinq minutes à Wanda pour vendre tout ses singles vinyles (vive le retour au vinyle).

La dame m’a confirmé ceci pendant l’entrevue: «L’album est complété, je rencontre Jack (White) lundi à Nashville pour finaliser les détails. Nous sortirons l’album en version vinyle et sur disque compact. On vient tout juste de sortir le single You know I’m no Good

La dame n’arrête donc jamais: «J’ai jamais pensé une minute à arrêter de travailler, et à ce point-ci dans ma carrière, ça fonctionne mieux pour moi qu’à mes débuts. J’aurais honte d’arrêter maintenant!»

Paradoxalement, elle enregistre avec un jeune Jack White qui utilise l’équipement des vieux, soit l’équipement analogue:

«Je n’ai jamais arrêté d’enregistrer, surtout en Europe, dans les dernières années. Quand Jack m’a approché, je me suis dit pourquoi pas. Je le connaissais de nom et ça a été une belle occasion pour moi de faire quelque chose de différent. Je me laisse guider par Jack, car il est tellement talentueux. Il me pousse vraiment, en studio.»

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Rendez-vous en septembre

Dans la mesure du possible, Wanda Jackson a donné tout un show vendredi soir au Festival de Jazz. Un concert qui, vers les derniers miles, a poussé les jeunes autant que les grisonnants à se lever d’un bond pour danser comme dans l’temps. Elle nous a offert ses plus gros hits avec sa voix nasillarde, des moments country, sans oublier de nous divertir avec ses nombreuses histoires (c’est quand même l’ex-blonde d’Elvis Presley!)…

L’album paraitra quelque part en septembre, et la fougueuse chanteuse nous a confié sur scène que l’album saura nous surprendre. La surprise est déjà complète en ce qui me concerne: vendredi soir dernier, une dame d’un certain âge m’a fait danser comme jamais…

par Tommy Loyer / photos live par Josh Martin