UN ZOO, SANS FEST

Au Studio-Théâtre de la Place des Arts, Yanowski et Fred Parker deviennent le Cirque des mirages: un spectacle de type music-hall français présenté à grands coups d’expressionnisme, de surréalisme et de dénonciation sociale. Lourd? Un peu.

Cirque des mirages 1 UN ZOO, SANS FEST Yanowski et Fred Parker savent incontestablement créer un univers. L’un au micro, l’autre au piano, ils racontent des histoires en chansons. Le conteur, adepte d’initiations chamaniques, est talentueux et théâtral à outrance, grandiose du haut de ses sept pieds. Le pianiste, au regard hypnotique, est un virtuose. La performance est singulière. Il est presque impossible qu’elle ne soit pas admirable, vu le succès que connaissent les deux lascars depuis le début du millénaire: à Paris, leurs spectacles affichent complet, et ils ont reçu des propositions d’un cabaret à New York. Ils ont écrit plus d’une centaine de chansons, réalisé deux albums et fait trois cent concerts.

Ils doivent être bons.

Il y a l’œil critique, et il y a l’émotion du cœur. Le Cirque des mirages est présenté dans le cadre de ZooFest, le off-festival du groupe Juste Pour Rire. Mais il ne faut pas y aller en prévoyant rire un bon coup. Vraiment pas. L’attitude de mon voisin de droite, qui louchait désespérément sur la sortie de secours, m’a davantage amusée que le burlesque de la performance. Il y a certes quelques exagérations, allusions sexuelles et déhanchements bien placés qui tirent le sourire, mais cette légèreté sous-exploitée est largement masquée par une poésie flairant l’apocalypse: «Ceux qui ont su aimé ont le cœur si fendu / ont le regard perdu /  ils se livrent tout entiers jusqu’à perdre les mains, jusqu’à perdre les bras / j’ai décidé de mettre un terme à cette terrible terrible existence de poète / etc. / etc.».

C’est toujours accablant d’assister à une telle démonstration artistique et de ne pouvoir se laisser  porter par la magie. Jeudi soir, à la première de l’événement, la plupart des spectateurs installés face à la scène semblaient apprécier la performance de Yanowski et Fred Parker. Le choix du Studio-Théâtre comme lieu de représentation est peut-être à remettre en question; les spectateurs du côté droit comme du côté gauche de la scène, n’ayant regard que sur le profil de du conteur, voire le dos du pianiste, vivent une autre expérience que ceux de devant, littéralement surplombés par le géant aux mimiques maniaques. Photo Yanowsky Le Cirque des Mirages UN ZOO, SANS FESTL’effet, sans doute, doit être différent. Un autre facteur à prendre en considération est celui de la génération: beaucoup de troisième âge dans la salle. Il semble difficile de penser que l’humour des interprètes du Cirque des mirages, grinçant voire agressant, puisse coïncider avec celui de la vingtaine québécoise.

«Le cabaret a toujours versé dans le politique», dit Yann Girard, expliquant que le climat actuel en France est propice à une démarche dénonciatrice. Effleurant à coups de machette la lourdeur de la bureaucratie française, la destruction intellectuelle, la mort, la folie et tout ça, Yanowski et Parker espèrent encore faire rire: ils sont ambitieux. On ne peut pas plaire à tout le monde. «Je commençais à comprendre le concept vers la fin, cette idée de reproduire une ambiance de foire foraine, a commenté une spectatrice. Mais vraiment, ils ont beaucoup plus misé sur le Zoo que sur le Fest!».

Deux représentations, ce soir mardi 20 et demain mercredi 21 juillet, 20h.

par Christine Berger