La désolation romantique du son des Walkmen continue à prendre de l’ampleur, car j’ai écouté leur prochain album Lisbon, et un amoureux de You & Me ne saurait être déçu. Pour y arriver, ils ont dû précautionneusement voguer dans des zones de confort et d’inconfort. Entre deux disques, le groupe passe par Montréal samedi prochain au festival Osheaga. Hamilton Leithauser me raconte les chemins pris dans la dernière année.
Avant d’entreprendre leur dernier album You & Me, The Walkmen ont dû se débarrasser de leur studio d’enregistrement personnel pour des raisons hors de leur contrôle. Ils ont pourtant pris plaisir à se servir de l’équipement des quelques techniciens et réalisateurs qu’ils ont côtoyé depuis: Chris Zane (Holy Ghost, Passion Pit, White Rabbits) à Gigantic Studios, John Agnello (Dinosaur Jr, Sonic Youth) à Water Music, et tout récemment John Congleton, qui a encore amené du changement dans les trips du groupe.
« On aimait travailler avec Chris Zane pour la première partie de l’enregistrement, mais c’est devenu trop confortable. On a ensuite continué à Dallas et ça a apporté une toute nouvelle énergie à l’album. » Hamilton m’explique qu’ayant repris les enregistrements dans l’approche où ils avaient laissé You & Me avec des chansons comme « Stranded » et « Blue as Your Blood », ils se sont plongés dans d’autres ambiances en arrivant à Dallas. Des pièces plus crues, acoustiques et nues, approchant parfois la country. Les gars enregistraient dans une grosse boîte en béton avec de l’équipement un peu moins sophistiqué, mais des chansons qui s’appellent « Victory », « Woe Is Me » et « Angela Surf City » en seront ressorties, et on pourra les entendre au mois de septembre, quand Lisbon sera en magasins. « Nous en sommes arrivés à un point où on se sentait trop polis. Être inconfortable, n’avoir pas d’endroit où traîner. On ne connaissait personne à Dallas, et on vivait dans un coin très désolé et dépouillé. Être en terrain inconnu, ça nous a donné de l’entrain. »
Hamilton semble plus prolifique que jamais. Il me raconte que même avant d’avoir officiellement lancé leur prochain album, les gars sont déjà retournés en studio enregistrer une chanson, pour un éventuel prochain projet. Ça n’a pas toujours été ainsi, les gars ayant déjà tourné si intensivement qu’à la fin de la période de promotion d’un album, ils ne se retrouvaient avec aucune chanson en banque. Pour les tournée You & Me, le groupe s’est réajusté: « Nous nous sommes arrangés pour que ça soit confortable, qu’on ne perde pas le contrôle. Nous avons donc pu continuellement travailler de nouvelles chansons, de sorte que cet album sorte à temps. J’écris maintenant sans cesse, je ne peux plus vraiment m’arrêter. »

Malgré cette grande continuité créatrice, le groupe est divisé entre deux villes: deux habitent à New York et trois à Philadelphia. « Au lieu de s’écraser et de perdre notre temps, on utilise à fond le temps qu’on a. C’est une route d’une heure et demie qu’on fait chaque semaine, alors on coupe du gras dans le processus. » Chose qui ne fonctionnerait pas aussi bien si le groupe oeuvrait il y a quelque décennies, là où il fallait se donner rendez-vous au métro pour se refiler des cassettes 8-pistes. En s’envoyant des mp3 par courriel, on parvient tout de même à accélérer la donne. On enregistre dans des cubes de béton, mais on téléverse tout de même.
Le groupe sera à Osheaga ce samedi 31 juillet, pour la quatrième fois à Montréal. Mon dernier entretien avec The Walkmen date de la sortie de You & Me, époque où Peter Bauer s’était montré un peu surpris de la tournure des concerts à Montréal. Une première apparition devant salle comble, et une deuxième devant personne. Leur troisième et dernier concert à la Sala Rosa a réussi à briser le pattern, la magie de la soirée imposant une nouvelle fidélité. « Je parlais à un ami de Wolf Parade, et il m’assurait que la Sala Rosa était la meilleure salle de concert à Montréal », me dit Hamilton.
par Félix Dyotte








