Quel magnifique bordel qu’un concert des Flaming Lips. De la fumée, de fantastiques effets lumineux, de grands ballons partout, des confettis, des mains géantes qui envoient des faisceaux lumineux stupéfiants, un gong luminescent, des figurants oranges, un écran cathodique en demi-cercle derrière le groupe… Le Métropolis était hanté d’une curiosité intense, et il se passait davantage dans la salle que l’oeil pouvait percevoir. Les concierges à la fin du spectacle ont dû jurer, car les rois des accessoires ont certainement laissé derrière eux des kilos de papier et de plastique par tête.
Pour ceux qui ne connaissent déjà les concerts de nos troubadours les plus maximalistes, le chanteur apparaît en guise d’introduction devant la foule dans un immense ballon, et avance sur elle comme un extra-terrestre qui s’est trompé de piste d’atterrissage. Le tout semble tellement demander de préparation qu’on ne se demande qu’à moitié pourquoi on attend si longtemps entre les chansons. Je dis bien « à moitié », car cela n’en demeure pas moins une insatisfaction: Wayne Coyne — sur qui le divertissement et la communication semble entièrement reposer — n’a pas l’air de trop savoir quoi faire pendant que derrière une gang de robots s’affaire à recharger les fusils à guirlandes et à gonfler les ballounes.
J’ai découvert les Flaming Lips en 1994, sur une mini-scène du festival Lollapalooza. Michael Ivins faisait tout le long de concert dos à la foule, et semblait tenir une conversation télépathique avec son amplificateur. Wayne Coyne, avec alors onze ans d’expérience musicale psychotronique, psychédélique, psychotique, cherchait déjà cette symbiose rituelle qui caractérise les concerts du groupe, et j’ai ainsi fait mon premier plongeon dans la foule. J’avais treize ans, j’étais sans surveillance et j’y ai ressenti une nouvelle forme de bienveillance non maternelle: la bienveillance des Flaming Lips.
Mais à vingt-neuf ans, quand entre chaque chanson on me demande par des « Come on! Come On! » agressifs d’applaudir plus fort, je n’ai plus trop l’impression qu’on essaie de créer une grande communion entre les êtres, mais qu’on presse en vain une foule de rendre un événement trop grand pour sa propre nature. Malgré tous les artifices du concert, un rassemblement doit prendre sa propre ambiance, et si l’émerveillement ne passe pas uniquement par des cris collectifs stridents, laissons ça vivre. On aurait dit que Wayne, dans son insistance, était insatisfait de son public et exigeait de lui des sensations fortes qui passaient par une ovation affectée.
Bien entendu, Coyne a quelque chose d’un réel gourou dans ses longs discours vulgarisés sur la paix, George W. Bush, l’amour et les sensations collectives. Aussi par son air perpétuellement béat. Par-delà la pertinence de ses envolées, notre leader est parvenu comme un roi à faire lever les doigts de la paix à toute une foule, et à les étourdir avec l’abondance des ses accessoires symboliques.
Musicalement — oui en passant il s’agit également d’un groupe de musique —, The Flaming Lips garochent leur stock avec puissance et beauté. Mais la petite complaisance apparente du chanteur ralentit parfois un peu trop les versions acoustiques, les rendant plus langoureuses qu’elles en ont besoin. Do You Realize, en rappel, m’a fait peur en commençant de cette manière molle. Dieu merci, la version souhaitée a surgi de manière inattendue, me laissant survolté et prêt à envahir le monde d’amour.
par Félix Dyotte / photos prises sur le vif par Julien Lanthier et Oliver Georges








